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Phénomène de Raynaud

Objectifs pEdagogiques

ENC

Devant un phénomène de Raynaud, argumenter les principales hypothèses diagnostiques et justifier les examens complémentaires pertinents.

COFER

Savoir reconnaître les manifestations cliniques du phénomène de Raynaud et en faire le diagnostic.

Savoir orienter l’enquête étiologique et connaître la démarche diagnostique devant un phénomène de Raynaud initial.

Connaître les maladies générales et autres maladies inflammatoires, vasculaires, hématologiques, etc. pouvant s’associer à un phénomène de Raynaud.

Connaître les causes locales et régionales du phénomène de Raynaud.

Connaître les médicaments contre-indiqués en cas de phénomène de Raynaud et connaître les traitements médicamenteux symptomatiques et mesures associées, le traitement étiologique et la prévention des complications, dont les nécroses ischémiques.

DÉfinition

Le phénomène de Raynaud est un trouble vasomoteur caractérisé par une ischémie paroxystique des extrémités (acrosyndrome traduisant l’arrêt brutal mais transitoire de la circulation artérielle digitale).

Il s’agit d’un diagnostic d’interrogatoire, il est rare que la crise soit constatée lors de la consultation ( photo 15 dans le cahier couleur). La crise se déroule habituellement en trois phases :

  • la phase ischémique dite syncopale : blanche et froide (quelques minutes, parfois plus prolongée ; elle est parfois totalement isolée) ;
  • la phase dite asphyxique : aspect bleu avec dysesthésies le plus souvent douloureuses ;
  • la phase de récupération : doigts tuméfiés, rouges et douloureux.

Cette crise est favorisée par : une exposition au froid, les changements de température, l’humidité. Les émotions, le stress sont également des facteurs favorisants. Tous les doigts ne sont pas nécessairement intéressés, le phénomène de Raynaud peut être limité à un doigt, voire à une phalange. Lorsque les lésions vasculaires s’aggravent, le phénomène de Raynaud peut toucher le nez, les oreilles, les orteils, les extrémités.

On distingue la maladie de Raynaud où le phénomène de Raynaud est isolé et non compliqué, des phénomènes de Raynaud dits secondaires qui sont associés à une autre pathologie (Raynaud plus sévères pouvant se compliquer de troubles trophiques).

DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL

L’acrocyanose : anomalie de la coloration distale caractérisée par une peau froide (débit sanguin faible par vasoconstriction) et érythrosique (volume sanguin élevé secondairement).

L’érythromélalgie ou érythermalgie : la peau est cette fois-ci chaude, vasodilatation et débit sanguin élevé, rouge et douloureuse.

ÉPIDÉMIOLOGIE

En France, la prévalence du phénomène de Raynaud est de 15 % chez la femme, 10 % chez l’homme. Dans la population générale, il s’agit d’une maladie de Raynaud primitive dans 85 % des cas chez la femme, 45 % des cas chez l’homme.

ÉTIOLOGIE

Phénomènes de Raynaud secondaires

Une démarche diagnostique très stéréotypée doit être engagée. Elle est basée sur l’interrogatoire et l’examen physique permettant de rechercher les causes secondaires de phénomènes de Raynaud.

Le phénomène est-il uni ou bilatéral ?
Le phénomène de Raynaud est habituellement bilatéral.

L’existence d’un phénomène de Raynaud unilatéral doit systématiquement faire évoquer une cause locorégionale (palpation du creux sus-claviculaire, des pouls distaux) et pratiquer une radiographie du rachis cervical (recherche d’une côte cervicale) et un écho-doppler pour rechercher un obstacle sur les vaisseaux axillo-sous-claviers ou plus distaux.

Rechercher les facteurs locaux ou microtraumatiques
Un syndrome de la traversée cervicobrachiale ou du défilé doit être recherché par la manœuvre d’Adson (extension du rachis et rotation de la tête du coté examiné, le bras examiné étant en abduction et rotation externe) qui déclenche le phénomène de Raynaud.

La manœuvre d’Allen (compression des artères radiales et cubitales, avec mouvements d’ouverture et de fermeture répétés de la main, la main devient exsangue ; puis on décomprime l’une des deux artères en observant le temps et l’aspect de recoloration) permet de situer l’occlusion sur l’artère cubitale ou radiale.

Syndrome du marteau hypothénar avec anévrysme de l’arcade palmaire superficielle (pathologie professionnelle).

La maladie des vibrations (pathologie professionnelle).

Un canal carpien.

Éliminer les médicaments inducteurs ou la prise de toxiques

  • b-bloquants (même en collyre).
  • Ergot de seigle et ses dérivés.
  • Imipraminiques, amphétamines.
  • Œstro-progestatifs.
  • Interféron  a.
  • Chimiothérapie type bléomycine, vinblastine.
  • Ciclosporine.
  • Arsenic, chlorure de vinyle (cause professionnelle à rechercher).

Rechercher une profession à risque

  • Utilisation d’engins vibrants.
  • Utilisation répétée du marteau.
  • Canal carpien symptomatique de microtraumatismes répétés.
  • Intoxication professionnelle au chlorure de vinyle, à la silice, à l’arsenic.

Rechercher une artériopathie oblitérante

  • Artériopathie athéromateuse favorisée par le tabagisme.
  • Embolie distale.
  • Syndrome du défilé costo-claviculaire.
  • Maladie de Buerger : il s’agit d’un diagnostic clinique et artériographique traduisant l’existence d’une artériopathie distale inflammatoire :
    • homme jeune, fumeur dans 95 % ;
    • artériopathies des membres inférieurs : claudication au niveau de la plante des pieds, ischémie distale ;
    • parfois manifestations veineuses avec thrombose superficielle ;
    • manifestations rhumatologiques dans 10 % des cas avec des monoarthrites pouvant précéder les signes cliniques ;
    • il n’existe pas de syndrome inflammatoire, pas d’anomalie de l’hémostase, pas de facteurs antinucléaires.
  • Vascularite (cf. infra).
  • Syndrome para-néoplasique.
Rechercher des éléments en faveur d’une connectivite ou d’une vascularite
Le phénomène de Raynaud est présent dans :
  • 95 % des sclérodermies, souvent sévères et compliquées de nécroses ( photo 16 dans le cahier couleur) ;
  • 80 % des connectivites mixtes ;
  • 20 % des lupus ;
  • 10 % des polyarthrites rhumatoïdes et syndrome de Gougerot-Sjögren,
  • vascularite : panartérite noueuse, maladie de Horton, Wegener ( photo 17 dans le cahier couleur), maladie de Takayasu, etc.
Autres causes à rechercher
  • Polyglobulie, thrombocytémie.
  • Hypergammaglobulinémie de type IgM avec cryoglobulinémie.
  • Syndrome des antiphospholipides et/ou thrombophilie.
  • Myxœdème, thyroïdite, anorexie mentale, acromégalie.
  • Hypertension artérielle pulmonaire primitive.
Explorations complémentaires

Après l’examen clinique :

  • si le phénomène de Raynaud est nu et non compliqué : on demande un bilan biologique comportant : numération formule sanguine, VS, CRP, électrophorèse des protides sériques, facteurs antinucléaires et facteur rhumatoïde ;
  • si le phénomène de Raynaud est compliqué ou s’associe à des manifestations systémiques, on discutera :
    • anti-RNP, anti-sl 70, anticorps anticardiolipines, cryoglobulinémie,
    • une radiographie des mains, des pieds, du thorax,
    • un écho-doppler des membres supérieurs,
    • une capillaroscopie.

La capillaroscopie périunguéale : il s’agit d’une visualisation directe des capillaires sanguins avec un microscope optique par translumination de l’épiderme cutané. Le capillaire apparaît comme un filament homogène, ininterrompu, à bord lisse et à branche afférente de 7 microns, d’une anse de réflexion en épingle puis d’une branche efférente de 11 microns environ. Il existe au moins 10 capillaires par mm, parallèles et régulièrement espacés.

La capillaroscopie permet d’orienter le diagnostic étiologique du phénomène de Raynaud. Elle recherche des signes de microangiopathie spécifique :

  • un nombre d’anses capillaires < 9, s’accompagnant de plages désertes ;
  • la présence de méga-capillaires (anse dilatée et dystrophique de plus de 50 microns, de longueur diminuée) ;
  • un œdème péricapillaire avec des pétéchies et un exsudat ;
  • la présence de capillaires rétrécis.

Une capillaroscopie normale ou proche de la normale évoque une maladie de Raynaud.

Une capillaroscopie anormale, montre :

  • soit une microangiopathie spécifique d’une sclérodermie, ou d’une polymyosite, ou d’une maladie de Scharp ;
  • soit une microangiopathie aspécifique pouvant correspondre à une connectivite, ou à une maladie de Raynaud primitive.
Maladie de Raynaud

La maladie de Raynaud, phénomène de Raynaud idiopathique, survient le plus souvent chez :

  • une femme jeune ;
  • contexte familial fréquent ;
  • phénomène de Raynaud non compliqué respectant le plus souvent les pouces ;
  • absence de cicatrice distale, d’ulcérations ;
  • présence d’un pouls normal et artères palpables aux membres supérieurs ;
  • absence de syndrome inflammatoire ou d’anomalie immunologique ;
  • recul évolutif depuis plus de 2 ans ;
  • absence d’étiologie précise retrouvée ;
  • absence de cause professionnelle ou de médicament inducteur ;
  • capillaroscopie normale.

SUIVI D’UN PHÉNOMÈNE DE RAYNAUD

La surveillance clinique est effectuée sur :

  • la fréquence et la durée des crises ;
  • le nombre de doigts touchés ;
  • la survenue de ces phénomènes de Raynaud en été, les facteurs déclenchants ;
  • les troubles trophiques (nécroses, ulcérations).

Maladie de Raynaud ou phénomène de Raynaud : on peut se poser la question de la possibilité du risque de passage d’une maladie de Raynaud idiopathique vers un phénomène de Raynaud symptomatique d’une maladie sous-jacente. Une méta-analyse récente évalue à 12,6 % le risque de voir développer une connectivite devant une maladie de Raynaud (65 % de sclérodermie, soit un risque de 3,2 % patients/année).

TRAITEMENT DU PHÉNOMÈNE DE RAYNAUD

Il faut informer les patients sur :

  • la maladie et son évolution possible ;
  • les médicaments inducteurs qu’il faut contre-indiquer ;
  • l’arrêt absolu et définitif du tabac ;
  • la protection contre le froid et l’humidité (port de gants de soie associé au port de moufles). Éviter tout contact avec les objets froids et tout changement brusque de température (baignade, etc.) ;
  • éviter les traumatismes locaux.

Lorsque ces mesures sont insuffisantes, le traitement médicamenteux est indiqué. Différents traitements sont proposés :

  • les inhibiteurs calciques sont efficaces dans les formes sévères (nifédipine, diltiazem) ;
  • les dérivés nitrés sous forme de patch à appliquer sur la pulpe des doigts, ou sur les doigts, ou sur les poignets ;
  • dans les syndromes de Raynaud sévères avec nécroses associées, en particulier au cours de la sclérodermie, des médicaments à visée vasodilatatrice sont utilisés, tels que l’iloprost, analogue de la prostacycline.

Points clés

  • Le phénomène de Raynaud est un trouble vasomoteur caractérisé par une ischémie paroxystique des extrémités.
  • La maladie de Raynaud est un acrosyndrome bénin, sans risque trophique, survenant habituellement chez la femme jeune.
  • Les phénomènes de Raynaud secondaires aux connectivites (en particulier la sclérodermie) peuvent être compliqués de troubles trophiques et de nécrose.
  • Une démarche diagnostique stéréotypée permet le diagnostic de maladie de Raynaud et des phénomènes de Raynaud secondaires.
  • Son traitement repose sur des mesures non médicamenteuses (contre-indication des médicaments inducteurs, arrêt du tabac, protection contre le froid, etc.) ; les phénomènes de Raynaud sévères ou compliqués justifient l’utilisation de vasodilatateurs.

 
 
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