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Boiterie et trouble de la démarche chez l’enfant

Objectifs pEdagogiques

ENC

Devant une boiterie ou un trouble de la démarche chez l’enfant, argumenter les principales hypothèses diagnostiques et justifier les examens complémentaires pertinents.

COFER

Savoir identifier cliniquement l’origine de la boiterie : cause neurologique, musculaire, articulaire ou osseuse.

Connaître les principales causes de la boiterie en fonction de l’âge chez le petit enfant (1 à 3 ans), l’enfant (3 à 8 ans) et le grand enfant (8 à 15 ans).

Connaître et savoir interpréter les explorations élémentaires pertinentes (biologie, imagerie) à demander devant une boiterie récente.

La boiterie est un motif fréquent de consultation en milieu pédiatrique, elle se traduit par une démarche particulière marquée par une inclinaison du corps. Ses causes sont multiples : ostéo-articulaire, neurologique, tumorale, etc. Le caractère douloureux ou non et l’âge de l’enfant sont autant d’éléments qui guideront le diagnostic et les examens paracliniques. Méconnaître les urgences que sont les infections, une tumeur ou une hémopathie reste la hantise du clinicien.

DEmarche diagnostique devant une boiterie de l’enfant

Examen clinique

Il reste l’étape essentielle. L’interrogatoire, réalisé en présence des parents, précise les antécédents familiaux et personnels (hémopathie, trouble de l’hémostase, rhumatisme inflammatoire, maladie génétique, entérocolopathie, virose, prise de médicaments, etc.), les circonstances d’apparition et le début des symptômes, l’existence d’une douleur mécanique ou inflammatoire, ses irradiations, son retentissement fonctionnel, mais aussi les signes accompagnateurs : une fièvre qui fait craindre une infection, une altération de l’état général, un amaigrissement, des sueurs nocturnes faisant craindre une pathologie tumorale ou une hémopathie.

L’analyse de la marche, réalisée chez l’enfant dévêtu, tente de localiser l’anomalie. L’attitude antalgique se traduit par le refus d’appui, voire de marcher, ou le maintien d’une attitude vicieuse. L’examen clinique s’attache à rechercher une anomalie des parties molles (rougeur, gonflement, plaie, amyotrophie, hématome), une attitude vicieuse. Les mobilités articulaires sont testées : douleur provoquée, limitation, raideur. L’examen rachidien et neurologique, complété d’un testing musculaire, est indispensable, la boiterie pouvant être le premier signe d’une atteinte neuromusculaire chez le petit enfant. L’examen se termine par l’examen général à la recherche d’adénopathies, d’hépato ou splénomégalie, d’une atteinte projetée d’origine viscérale.

Examens complémentaires

Des examens biologiques simples suffisent en première intention : VS, CRP, numération formule sanguine, électrophorèse des protéines sériques. Les examens plus sophistiqués seront demandés selon le contexte : prélèvements bactériologiques (hémocultures, ponction articulaire), immunologiques (typage HLA B27, anticorps antinucléaires, facteur rhumatoïde, etc.), hématologiques.

Des radiographies du bassin de face, des hanches de face et de profil sont toujours réalisées chez un enfant qui boite sans raison évidente. Leur analyse comparative évalue l’aspect des noyaux céphaliques (sphéricité, homogénéité), le cartilage de conjugaison, les cols et leurs rapports anatomiques, les parties molles. Des radiographies centrées sur un segment de membre sont réalisées selon les données de l’examen clinique.

L’échographie peut être demandée pour rechercher un épanchement intra-articulaire et guider sa ponction ou pour étudier une tuméfaction des parties molles.

En cas de doute diagnostique, de lésions évoquant une origine tumorale ou rhumatismale, des explorations plus poussées sont discutées : scintigraphie osseuse permettant la recherche d’une hyperfixation osseuse témoin d’une infection, d’une fracture sous périostée, d’une tumeur, d’une anomalie de vascularisation des noyaux fémoraux dans l’ostéochondrite primitive ; scanner ; IRM ; examen ophtalmologique avec étude en fond d’œil et examen à la lampe à fente.

Diagnostic Etiologique

Différentes hypothèses étiologiques sont évoquées selon l’âge de l’enfant.

Jusqu’à 3 ans

Il faut évoquer :

  • une cause mécanique : chaussures inadaptées, corps étranger plantaire (écharde), pathologie des phanères ;
  • un traumatisme, parfois méconnu, à l’origine d’une fracture sous-périostée, fémorale ou tibiale, diagnostiquée par la radiographie, éventuellement répétée, ou complétée d’une scintigraphie osseuse ; la fracture métaphysaire d’un os long ;
  • une infection ostéo-articulaire, véritable urgence diagnostique et thérapeutique. De dissémination hématogène le plus souvent, les manifestations cliniques en sont bruyantes : l’articulation est douloureuse et enraidie lors d’une arthrite septique, la douleur est métaphysaire lors d’une ostéomyélite. Les signes généraux sont francs : important syndrome inflammatoire et infectieux, hyperleucocytose. Une porte d’entrée sera recherchée ;
  • plus rare, la luxation congénitale de hanche, de révélation tardive, dont le diagnostic est clinique et radiologique ;
  • une atteinte neurologique ou neuromusculaire : en dehors de tableaux cliniques francs (hémiplégie, diplégie, IMC), un retard d’acquisition de la marche, un dandinement, une rétraction ou une fatigabilité sont autant de signes frustes à rechercher.

De 3 à 10 ans

Synovite aiguë bénigne ou rhume de hanche
C’est la plus fréquente des causes de boiterie à cet âge, le plus souvent en hiver ou au printemps. L’enfant consulte devant l’apparition brutale d’une boiterie, d’une douleur inguinale, fessière ou projetée au genou. L’état général est conservé, l’apyrexie est habituelle. La hanche est le siège d’une douleur, parfois intense, d’une limitation de l’abduction et de la rotation interne. Le bilan biologique est rassurant, sans hyperleucocytose, mais une augmentation de la VS et de la CRP est possible. Ce diagnostic, avant tout clinique, demeure un diagnostic d’élimination. Des radiographies standard sont toujours indiquées pour ne pas méconnaître une autre cause, en particulier infectieuse. Elles sont le plus souvent normales. La présence d’un épanchement intra-articulaire est fréquente, mieux visible en échographie. En cas de doute diagnostique avec une arthrite septique, l’analyse du liquide synovial s’impose, comportant une étude bactériologique et cytologique. Le liquide articulaire est clair, inflammatoire et stérile. Le traitement consiste en la mise en décharge, voire en une traction collée au lit associée aux antalgiques. L’évolution est favorable en 5 à 10 jours. Un contrôle échographique est réalisé au cinquième jour en cas d’épanchement initial, une radiographie de contrôle au 45 e jour afin d’éliminer une ostéochondrite primitive de hanche débutante. La récidive est possible. En cas d’évolution traînante, le diagnostic d’arthrite rhumatismale devra également être évoquée.

Ostéochondrite primitive de hanche ou maladie de Legg-Perthes-Calvé
La nécrose ischémique de l’épiphyse fémorale supérieure se traduit par une douleur mécanique, tenace et récidivante de l’aine, de la cuisse, voire du genou. L’état général est conservé, les examens biologiques sont normaux. La radiographie tardive révèle un décollement et un liseré de nécrose sous chondrale donnant l’image en coquille d’œuf, un noyau épiphysaire dense, une déformation en coxa vara. À un stade précoce, la radiographie est normale et la scintigraphie osseuse et l’ IRM permettent de visualiser l’ischémie céphalique par une hypofixation pour la première, un hyposignal pour la seconde. La maladie évolue en deux phases : destruction avec nécrose, collapsus de la tête fémorale, fragmentation, puis réparation de la tête fémorale, avec jusqu’à la fin de la croissance un remodelage de l’articulation. Des séquelles à l’origine d’une coxarthrose précoce chez l’adulte sont habituelles. Le traitement vise à éviter la déformation de la tête fémorale par la mise en décharge prolongée de l’articulation ou par l’intervention chirurgicale.

Chez l’enfant de 10 ans et plus

Épiphysiolyse de hanche
Elle consiste en un glissement de la tête fémorale dans le plan du cartilage de conjugaison. Elle survient souvent chez l’adolescent, 2 fois sur 3 chez le garçon, et est plus fréquente en cas de surcharge pondérale. La douleur et la boiterie sont intermittentes puis durables, mécaniques. À l’inverse, la forme aiguë réalise un tableau de fracture du col fémoral. La marche est en rotation externe, la rotation interne et l’abduction sont limitées. L’état général est conservé, les examens biologiques normaux. Les radiographies du bassin, des hanches de face et de profil strict, comparatives, sont indispensables. Il faut y chercher un déplacement de la tête fémorale ou des signes indirects de glissement : cartilage de conjugaison irrégulier, élargi par rapport au coté sain. À un stade plus avancé, de face, la tangente au bord supérieur du col ne coupe plus le quart du noyau céphalique, qui apparaît aplati. De profil, le déplacement est mieux visible. À un stade tardif, le diagnostic est évident : la tête fémorale a basculé. Le traitement est une urgence chirurgicale. Une mise en décharge rapide est indispensable jusqu’à l’intervention.

Apophysites
Elles sont très fréquentes chez l’adolescent sportif, elles se traduisent par une douleur mécanique au site d’insertion tendineuse. La palpation de l’apophyse et la contraction musculaire contrariée réveillent la douleur. La radiographie peut révéler des signes d’apophysites (fragmentation et densification irrégulière du noyau d’ossification). En cas de doute, la scintigraphie osseuse montre une hyperfixation en regard des lésions. Le repos sportif, la physiothérapie antalgique suffisent habituellement.

Ostéochondrite disséquante
Les ostéochondrites disséquantes, le plus souvent des condyles fémoraux, de l’astragale, ou des têtes fémorales, sont confirmées par la radiographie, voire le scanner.

À tous âges

Tumeur
Elle peut être révélée par une douleur ou une boiterie. L’interrogatoire recherche une altération de l’état général, des sueurs nocturnes, un horaire inflammatoire avec réveil nocturne. La radiographie suffit souvent à orienter le diagnostic en présence d’une rupture de la corticale, d’une plage d’ostéolyse ou d’ostéocondensation. Les explorations complémentaires sophistiquées seront alors nécessaires au bilan local et d’extension. Le diagnostic final n’est retenu qu’après analyse anatomopathologique.

Hémopathies
Elles peuvent également se révéler par des manifestations articulaires. On peut également évoquer l’inégalité de longueur des membres, les troubles statiques des pieds, la pathologie méniscale, les infections, les traumatismes et les affections rhumatismales, etc.

Points clés
  • La boiterie est un motif fréquent de consultation pédiatrique dont les causes sont multiples.
  • L’examen clinique est l’étape essentielle du diagnostic étiologique d’une boiterie chez l’enfant ; l’âge de l’enfant, l’existence d’une douleur et ses caractéristiques guident le diagnostic et la demande d’explorations complémentaires.
  • À tout âge, une infection ostéo-articulaire, une tumeur ou une hémopathie doit être éliminée de principe avant d’évoquer les autres diagnostics

 
 
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