Le cours est validé par la Société Française d’Hématologie (SFH) et développé par TICEM - Faculté de Médecine de Nantes - dans le cadre des campus numériques nationaux.">

Sommaire :

1 - Énoncer le critère biologique qui, en fonction de l'âge et du sexe, définit en pratique une anémie
2 - Énoncer les signes cliniques du syndrome anémique et les éléments de tolérance d'une anémie
3 - Énumérer et savoir indiquer et interpréter les examens nécessaires pour préciser les mécanismes des anémies non microcytaires et leurs étiologies
4 - Enoncer les causes principales des anémies macrocytaires
5 - Principes du traitement de l’anémie de Biermer et des carences en folates

 


 

1 - Énoncer le critère biologique qui, en fonction de l'âge et du sexe, définit en pratique une anémie

La définition de l'anémie est biologique : c'est la diminution de la masse d'hémoglobine circulante.
En pratique c'est la diminution du taux d'hémoglobine au-dessous des valeurs de références à l'hémogramme.

ANEMIE = HEMOGLOBINE (à l'hémogramme) DIMINUEE

Cette définition simplifiée n'est en fait valable qu'en présence d'un volume plasmatique total normal. S'il est augmenté, l'hémogramme dépiste de " fausses anémies " ou "anémies dilutionnelles" telles celles rencontrées physiologiquement à la fin de la grossesse ou en pathologie au cours des hypergammaglobulinémies importantes.

Le taux d'hémoglobine normal varie en fonction du sexe (chez l'adulte) et de l'âge. Le diagnostic positif d'anémie dépendra donc de ces critères :

ANEMIE = Hb  < 140 g/l chez le NOUVEAU NE
                       < 130 g/l chez l'HOMME
                       < 120 g/l  chez la FEMME

Le grand nombre d'informations apportées par les comptages automatiques d'hémogramme peuvent dérouter l'utilisateur non habitué. Il faut insister sur le fait que le nombre d'hématies à l'hémogramme et l'hématocrite n'entrent pas dans la définition d'une anémie (ni les autres renseignements de l'hémogramme qui seront utiles dans le bilan de cette anémie).

 

2 - Énoncer les signes cliniques du syndrome anémique et les éléments de tolérance d'une anémie

L'anémie étant liée à la quantité d'hémoglobine circulante, sa conséquence physiopathologique essentielle est la diminution d'oxygène transporté dans le sang et donc l'hypoxie tissulaire.

Deux types de signes cliniques :
• La pâleur
• La symptomatologie fonctionnelle anoxique

La pâleur :

Elle est généralisée, cutanée et muqueuse.
Elle est surtout nette au niveau de la coloration unguéale et au niveau des conjonctives.
Elle est très variable d'un patient à l'autre et peu proportionnelle au taux d'hémoglobine. Elle a d'autant plus de valeur diagnostique que son caractère acquis peut être retrouvé.

Les manifestations fonctionnelles anoxiques :

Ce sont des signes fonctionnels, non pathognomoniques, variables d'un patient à l'autre, mais souvent révélateurs :
• Asthénie
• Dyspnée d'effort puis de repos
• Vertiges
• Céphalées
• Tachycardie
• Souffle cardiaque anorganique
• Décompensation ou aggravation d'une pathologie préexistante : angor, claudication intermittente, insuffisance cardiaque…

Devant toute anémie, doivent être recherchés des signes de gravité avant la prise de décision thérapeutique, en particulier transfusionnelle: plus que les signes biologiques (hémoglobine), ce sont certains signes fonctionnels (dyspnée au moindre effort, vertiges, tachycardie mal supportée, œdèmes, angor, signes déficitaires vasculaires,…) ; ils dépendent de l'intensité de l'anémie mais aussi de l'âge, de la rapidité d'installation de l'anémie, de l'existence de pathologies antérieures, en particulier cardio-vasculaires.

En cas d'anémie peu importante ou du fait de la grande variabilité individuelle dans la symptomatologie le syndrome anémique clinique peut être latent et uniquement découvert à l'hémogramme. Il nécessitera la même démarche diagnostique : l'anémie n'est en effet pas un diagnostic mais un symptôme imposant une recherche étiologique.

On distingue deux grands types d'anémies : les anémies centrales et les anémies périphériques :

Les anémies centrales : ou anémies de production, ou anémies médullaires (puisqu'à l'état normal la production érythrocytaire ne s'effectue après la naissance que dans la moelle osseuse).
Elles peuvent être dues à :
• Une anomalie de la structure de la moelle osseuse (myélofibrose par exemple)
• Une disparition des cellules souches de la moelle osseuse (aplasie médullaire toxique par exemple)
• Un envahissement de la moelle osseuse (métastases d'un cancer par exemple)
• Une stimulation hormonale diminuée (déficit en érythropoïétine par exemple)
• Un manque de matière première : fer, vitamine B12, acide folique
• Un " dysfonctionnement des érythroblastes " : anémies réfractaires (myélodysplasies)
• Une production d'inhibiteur(s) de l'érythropoïèse (TNF par exemple dans les inflammations).

Toutes ces anémies ont un signe biologique en commun :
Un chiffre de réticulocytes bas, inférieur à 150. 109/l.
Elles sont dites arégénératives.

Les anémies périphériques : ici, la production médullaire est normale, voire augmentée. Il en existe trois types :
• Les pertes sanguines aiguës, par exemple les hémorragies digestives
• Les hémolyses pathologiques, destruction trop précoce des hématies dans l'organisme
• Les régénérations après anémie centrale (chimiothérapie par exemple)

Une hémolyse peut être due à :
• Une cause extra corpusculaire, c'est-à-dire extérieure à l'hématie, comme par exemple la présence d'anticorps anti-hématies
• Une cause corpusculaire, la destruction de l'hématie provenant de sa fragilité:
* Anomalies de la membrane de l'hématie
* Anomalie du système enzymatique de l'hématie
* Anomalie de l'hémoglobine.

Ces causes corpusculaires sont quasi exclusivement d'origine constitutionnelle ("anémies hémolytiques constitutionnelles")

Ces anémies périphériques ont en commun un signe biologique:
Le nombre élevé de réticulocytes, supérieur à 150.109/1
Elles sont dites régénératives.

Il est important de noter que cette " réticulocytose" ne survient que quelques jours après le processus initial (par exemple une hémorragie aiguë), du fait du délai nécessaire à la production de réticulocytes par la moelle osseuse après une déglobulisation.

 

3 - Énumérer et savoir indiquer et interpréter les examens nécessaires pour préciser les mécanismes des anémies non microcytaires et leurs étiologies

A) les anémies normocytaires non régénératives (réticulocytes < 150G/L)

Le comptage d’un nombre bas de réticulocytes traduit l’origine centrale de l’anémie.

• On élimine certaines causes évidentes avant de demander un myélogramme :
- Inflammation : VS, électrophorèse des protides (hyper a2), fer, CRP
- Insuffisance rénale : créatininémie
- Pathologie endocrinienne : dosages de cortisol, TSH et T4
- Hémodilution : dans le cadre de la grossesse à partir du 3e trimestre, mais aussi en cas d’insuffisance cardiaque, d'hypersplénisme, d'hypergammaglobulinémie (surtout les IgM)

En cas de doute, la mesure d’un volume  sanguin sera fait  pour écarter une simple augmentation du volume plasmatique par rapport a une valeur témoin de référence, sans anémie.

• En dehors de ses circonstances, il faut refaire un hémogramme avec comptage des réticulocytes pour éliminer une anémie normocytaire régénérative : l'augmentation des réticulocytes sanguins dans les causes périphériques est en effet retardée de quelques jours après le début de la pathologie (comme une hémorragie aiguë).

• Le myélogramme doit alors être réalisé. Il permet de caractériser différents tableaux :

1) Erythroblastopénie: rare, avec un taux d'érythroblastes < 5 %

2) Envahissement médullaire par :
- Des leucoblastes (leucémie aiguë),
- Des plasmocytes malins (myélome),
- Des lymphocytes matures (leucémie lymphoïde chronique),
- Des lymphoplasmocytes (maladie de Waldenström),
- Des tricholeucocytes (LAT),
- Des cellules lymphomateuses (LMNH),
- Des cellules métastatiques.

En cas de doute diagnostique sur la nature des cellules, parfois une biopsie médullaire s’impose permettant :
- Une analyse histologique sur un grand nombre de cellules
- Une utilisation de technique de marquages en histochimie

3) Myélodysplasie avec troubles morphologiques sanguins et médullaires.

4) Moelle pauvre
Dans ce cas, toute interprétation doit être prudente.
Le prélèvement pauvre peut traduire une réelle aplasie mais aussi une myélofibrose ou une dilution sanguine lors de la réalisation du myélogramme.

C'est l'indication principale d'une biopsie ostéo-médullaire : elle doit être discutée avec un hématologiste afin de prévoir, selon le contexte, une étude histochimique et la réalisation d'un second myélogramme dans le même temps en prévoyant d'éventuels prélèvements pour caryotype, biologie moléculaire ou immunophénotypage.
Elle permet d'affirmer la richesse exacte de la moelle et poser le diagnostic : aplasie, envahissement, myélofibrose ou myélodysplasie.

B) Anémies normocytaires ou macrocytaires régénératives (réticulocytes > 150G/L)

Le caractère régénératif traduit l’origine périphérique de l’anémie.
Il s’agit d'une hémorragie aiguë, d'une hémolyse pathologique ou d'une régénération médullaire (dans ce dernier cas, le contexte est le plus souvent évident telle une chimiothérapie)

• Anémie hémorragique aiguë :
L’anémie est normocytaire parfois, le plus souvent légèrement macrocytaire, proportionnelle à la perte sanguine. L'hyper réticulocytose n’apparaît qu’entre 3 et 4 jours pour être maximale qu’à 7 jours. Il ne faut donc pas éliminer un saignement si le chiffre des réticulocytes est inférieur à 150 000/mm3.
Etiologies : il faut rechercher une hémorragie extériorisée

• Anémies hémolytiques :
L'hémolyse induit une augmentation de la bilirubine libre traduisant le catabolisme de l’hémoglobine et une haptoglobine basse.
L'augmentation des LDH permet de quantifier le degré hémolyse intra-vasculaire.

Pour la recherche étiologique : un contexte évocateur doit être recherché en premier (hémolyse familiale, morsure de serpent …). En cas de fièvre, la réalisation d’hémocultures et d’une goutte épaisse est systématique.

Trois examens doivent systématiquement être réalisés :
- Frottis sanguin (anomalies érythrocytaires, paludisme …),
- Test de Coombs direct (AHAI),
- Groupage sanguin.
Si ces examens ne sont pas informatifs, une consultation spécialisée doit être effectuée.

C) Anémies macrocytaires non régénératives

• Il faut éliminer en premier lieu les causes évidentes :
Insuffisance thyroïdiennes: dosages de TSH et T 4
Alcoolisme : contexte clinique et biologie
Médicaments

• En dehors de ces circonstances on demandera :
Un myélogramme
Un dosage de vitaminémie B12 sanguine
Un dosage des folates sériques et érythrocytaires

• Ces examens permettront de séparer les anémies mégaloblastiques et les myélodysplasies

LES CARENCES EN VITAMINE B12 :
- Carences d'apport sont exceptionnelles (réserves de Vit B12 importantes dans l'organisme)
- Malabsorptions digestives et gastrectomie (totale)
- La cause la plus fréquente est l’anémie de BIERMER.

Outre la carence en vitamine B12, son diagnostic repose sur la mise en évidence du déficit en facteur intrinsèque par :
- La recherche d'anticorps anti-facteur intrinsèque
- Le tubage gastrique (achlorhydrie gastrique)

LES DEFICITS EN FOLATES :
- Carences d’apports : fréquentes (faibles réserves)
- Anomalie de l’absorption
- Anomalie de l’utilisation : prise médicamenteuse
- Augmentation de l'utilisation : grossesse, croissance

 

4 - Enoncer les causes principales des anémies macrocytaires (module 7 - item 110) (module 10 - item 161) (module 11 - item 297)

1) Non régérative :
• Alcoolisme
• Insuffisance thyroïdienne
• Dysmyélopoïèse
• Carences en folates :

Carences d’apport

                        Régimes pauvres en légumes verts
                        Alcool
          Anomalies de l’absorption
                       Maladie cœliaque, sprue tropicale
                       Anti-convulsivants
          Anomalies de l’utilisation
                      Anti-foliques (méthotrexate, triméthoprine…)
          Augmentation des besoins
                     Grossesse, croissance
                     Alcool
                     Anémie hémolytique chronique
         Perte excessive
                     Hémodialyse

• Carences en B12 :

Insuffisance d’apport

Déficit en facteur intrinsèque
                         Maladie de Biermer
                         Gastrectomie totale

Infection bactérienne et parasitaire
                         Pullulation microbienne
                        
 Atteinte de la paroi
                        Maladie de Crohn
                        Maladie coeliaque

2) Régénérative :
• hémorragies aiguës

• hémolyses corpusculaires :

• hémolyses extra corpusculaires :

 

5 - Principes du traitement de l’anémie de Biermer et des carences en folates

A) Traitement des carences en vitamine B12

Il repose sur un traitement parentéral de vitamine B12 en 2 temps. Le premier pour reconstituer le stock et le deuxième pour empêcher la carence de se reproduire.

Traitement d’attaque : 1000g intra musculaire, 10 injections au total (cyanocobalamine)

Le traitement d’entretien repose sur l’injection par voie IM de Vitamine B12 4 fois par an, à vie.
En cas d’intolérance on utilise la Vitamine B12 en sub lingual

B) Traitement des carences en folates

Il repose sur la prise de 1 comprimé de foldine per os : SPECIAFOLDINE® à 5 mg pendant 2 à 3 mois, jusqu'à normalisation des réserves ou en prophylactique chez les femmes enceintes à risque pendant toute la durée de la grossesse. Il est inutile d’augmenter la dose, la foldine est absorbée à 100% par le tube digestif.

Les formes apportant de l’acide folinique : OSFOLATE® per os ou LERDERFOLINE®  en ampoule ne doivent être prescrites que dans :
Les malabsorptions digestives
Les alimentations parentérales
Comme traitement après le METHOTREXATE ®
Ces 2 formes ne sont pas remboursées et sont réservées à la prescription hospitalière.

 
Dernière mise à jour : 28/04/2006