Sommaire

Généralités sur les filarioses humaines

I - Filarioses lymphatiques (Bancroftose, Wuchereriose ou Brugiose)

I.1 - Epidémiologie
I.2 - Symptomatologie
I.3 - Diagnostic biologique
I.4 - Traitements

II - Onchocercose (Volvulose ou « Cécité des rivières »)

II.1 - Epidémiologie
II.2 - Symptomatologie
II.3 - Diagnostic biologique
II.4 - Traitements

III - Filariose à Loa loa (Loase ou Loaose)

III.1 - Epidémiologie
III.2 - Symptomatologie
III.3 - Diagnostic biologique
III.4 - Traitements

IV - Mansonelloses et Dirofilarioses en impasse chez l’homme

Points essentiels

 


 

Généralités sur les filarioses humaines

Les filarioses sont des nématodoses transmissibles par des arthropodes, largement répandues dans le monde (plus de 200 millions de personnes atteintes).

Les espèces filariennes décrites chez l’homme sont au nombre de 9 et se répartissent selon leurs impacts en Santé publique en filarioses majeures (pathogènes) et en filarioses mineures (peu ou pas pathogènes) qu’il est important de ne pas confondre avec les majeures souvent plus sensibles aux thérapeutiques classiques.

1- Filarioses pathogènes :

2- Filarioses peu ou apathogènes :

La filariose de Médine ou dracunculose, malgré son nom, ne fait pas partie des filarioidea stricto sensu et sera traitée dans un chapitre à part.

3- Filarioses animales en impasse chez l’homme

Les filarioses ont un cycle parasitologique comparable : un arthropode haematophage (pseudo mouche, moustiques ou taon) transmet au cours d’une piqûre des larves infestantes qui vont activement pénétrer le revêtement cutané et se développer chez l’homme (tissus ou les vaisseaux lymphatiques) en adultes mâles et femelles. Les femelles émettent des embryons ou microfilaires dont la seule destinée(en dehors de la mort chez l’homme) est la prise par l’hôte intermédiaire les transformant en larves infestantes et assurant ainsi la transmission.

 

I - Filarioses lymphatiques (Bancroftose, Wuchereriose ou Brugiose)

I.1 - Epidémiologie

L’homme peut héberger 2 filaires lymphatiques : Wuchereria bancrofti, dans ses deux variétés (pacifica en Océanie et vauceli à Madagascar), est la principale filaire. Brugia malayi (avec une variante Brugia timori dans l’île de Timor), est cantonnée en Malaisie.

Les filaires lymphatiques sont des vers (nématodes) filiformes ronds, blancs, de quelques centimètres pour le mâle à 10-15 cm pour la femelle adulte vivipare. Ils vivent dans les lymphatiques de l’homme, leur réservoir naturel, plus de 15 ans. Les femelles fécondées accouchent de microfilaires (300 μ) dans les lymphatiques. Ces microfilaires se tiennent au niveau des capillaires pulmonaires et passent périodiquement (surtout la nuit) dans le sang, prêts à être ingérées en vue d’une transformation en larves infestantes par des hôtes intermédiaires, vecteurs hématophages.

L’affection est transmise par la piqûre de moustiques femelles, vecteurs hématophages infestés du genre Culex sp, Aedes sp, Mansonia sp, Anopheles sp. Les larves infestantes (1 mm de long) sorties de la trompe du moustique traversent activement la peau et gagnent les voies lymphatiques où elles deviennent adultes.
Les microfilaires transmises par transfusion sanguine, peuvent survivre quelques mois, mais ne donneront pas de filaires adultes chez le transfusé.

La répartition géographique

Les filarioses lymphatiques sont très largement répandues dans la zone rurale pas trop sèche inter et sub tropicale du monde, avec une incidence globale plus asiatique qu’africaine. Elle est transmise dans certains DOM-TOM français, en Guyane, Guadeloupe, Martinique, dans les îles de la Société, à Mayotte aux Comores. Sur prés de 900 millions de personnes concernées dans le monde, 150 millions sont effectivement infectées.

Répartition géographique de la Wuchereriose : en rouge W.bancrofti, en orange la variété pacifica
(CDRom ANOFEL)

Répartition géographique de la Brugiose présente uniquement en Asie
(CDRom ANOFEL)

 

I.2 - Symptomatologie

Expressions des conflits mécaniques et immunologiques entre le parasite et son hôte, les manifestations cliniques des filarioses lymphatiques sont très diverses. Les vers adultes localisés dans les vaisseaux lymphatiques, gênent la circulation lymphatique, irritent les endothéliums et favorisent des accidents aigus précoces (en relation avec le parasite vivant) et progressivement chroniques (stagnation de la lymphe et hypertrophie sclérofibreuse du derme, éléphantiasis spectaculaires).

Dû en partie à des résistances innées on doit noter l’existence de sujet sans manifestations cliniques ou parasitologiques mais porteurs de stigmates immunologiques spécifiques.
Par ailleurs on identifie de fréquents porteurs de microfilaires sans signes cliniques d’accompagnement mais pouvant assurer la transmission de l’affection.

Quelques mois après la piqûre infestante, on peut observer des :

Accidents génitaux aigus : lymphangite du scrotum, funiculite, orchite brutalement installée laissant place souvent à une hydrocèle chyleuse (stagnation de lymphe. Ces incidents récidivants peuvent s’accompagner de signes généraux (fièvre, asthénie, délire.)
Lymphangites aiguës des membres dans l’année suivant l’infestation : souvent accompagnées de fièvre, elles se présentent comme des lymphangites banales (œdème inflammatoire douloureux, peau chaude et luisante, avec une adénite régionale satellite), mais leur progression est centrifuge, de la racine vers l’extrémité des membres, contrairement aux lymphangites bactériennes centripètes, du foyer d’infection vers la racine du membre.
Les lymphangites filariennes rétrocèdent rapidement, mais récidivent de plus en plus fréquemment, sans signes veineux ou infectieux.
Wuchereria bancrofti atteint surtout le membre inférieur, la variété pacifica le membre supérieur et B. malayi la jambe, le cou de pied et le creux poplité.
Lymphangites aiguës profondes par atteinte filarienne des troncs profonds elles entraînent des syndromes, fièvre-douleur thoracique ou abdominale, de diagnostic difficile.
Adénites aiguës : isolément ou à la suite des lymphangites, elles siègent plus souvent aux aires inguinales qu’axillaires.
Manifestations respiratoires plus rares : d’origine allergique à la phase initiale (infiltrat pulmonaire labile, elles sont associées aux signes précédents). Dans les étiologies du « Poumon Tropical associé à une hyper éosinophilie (syndromes de Weingarten) », en Inde et à Singapour, Wuchereria bancrofti intervient comme agent étiologique principal. Brugia malayi serait davantage en cause dans les associations éosinophilies et adénopathies.

Eléphantiasis du scrotum chez un Burkinabe
(D.Richard-Lenoble)

Eléphantiasis chez une tahitienne
(B.Carme CDRom ANOFEL)

Elephantiasis du sein
(col M. Gentilini, L.Brumpt)

Le ralentissement voir l’arrêt de la circulation lymphatique et les réactions tissulaires réactionnelles sclérofibreuses peuvent entraîner le développement progressif (plusieurs dizaines d’années) de manifestations chroniques (plus fréquentes chez l’homme) :

 

I.3 - Diagnostic biologique

Le ver adulte est exceptionnellement retrouvé au cours d'une biopsie ganglionnaire mais peut aussi être visualisé par échographie ganglionnaire ou lymphatique.

La recherche quantitative et qualitative des microfilaires est le principal indice recherché dans le sang circulant à l’état frais ou après coloration (frottis sanguins ou mieux goutte épaisse) ou accessoirement dans le liquide chyleux d’un épanchement de la vaginale, après ruptures de varices lymphatiques ou dans une chylurie. Le pauci parasitisme sanguin est fréquent nécessitant d’adapter méthodes de concentration et périodes de prélèvements. La leucoconcentration (enrichissement par saponification et centrifugation de plusieurs millilitres de sang), pratiquée de nuit permet de profiter de la périodicité nocturne (23h) de sortie des microfilaires de W.bancrofti (et B.malayi) dans le sang périphérique des sujets vivant en zone d’endémie (a contrario la périodicité de sortie des microfilaires de Loa loa est diurne aux environs de midi.).
Les microfilaires de W.bancrofti devront être différenciées de celles sanguicoles de Mansonella perstans ou ozzardi moins sensibles aux thérapeutiques classiques.

Microfilaire de W.bancrofti colorée au MGG
(M.Gari Toussaint CDRom ANOFEL)

 

I.4 - Traitements

Le traitement individuel des manifestations aiguës d’abord symptomatique est ensuite parasitologique : microfilaricides à dose croissante (Diéthylcarbamazine ou Notezine®, ivermectine ou Mectizan®, et albendazole ou Zentel®) il est difficilement efficace contre les filaires adultes. Le traitement des lésions tardives est le plus souvent chirurgical.

Un important (900 millions de concernés) programme international de lutte contre les filarioses lymphatiques lancé en 2000, est fondé sur la destruction des microfilaires des malades filariens.

 

II - Onchocercose (Volvulose ou « Cécité des rivières »)

L’onchocercose, ou volvulose, est une filariose cutanéo-dermique due à Onchocerca volvulus. Elle est grave par ses complications oculaires cécitantes et constitue par la nuisance de son vecteur, un obstacle important au développement des zones rurales irriguées et fertiles, où elle sévit à l’état endémique.

 

II.1 - Épidémiologie

Onchocerca volvulus est un parasite spécifiquement humain. Les vers adultes mesurent de 2 à 3 cm de long pour le mâle, 50 cm pour la femelle ; ils vivent dans le derme, soit libres, soit emprisonnés dans des nodules fibreux, les onchocercomes ou kystes onchocerquiens ; leur longévité est de 10 à 15 ans. Les femelles émettent des embryons ou microfilaires de 300 μ de long, qui se répandent dans le derme, aussi bien le jour que la nuit.

Simulium damnosum (ou Bufalo fly), semblant de mouche, vecteur de l’onchocercose et dépendante des eaux douces agitées et herbeuses
(C.Guiguen Rennes CdRom ANOFEL)

Larves de Simulium damnosum sur des supports herbeux en eaux agitées
(Col.D.Richard-Lenoble)

Le vecteur est un diptère nématocère largement répandu dans le monde du genre Simulium de 1 à 3 mm, trapu, « simulant » un moucheron noir (blackfly). Simulium damnosum et S.neavei sont les complexes les plus actifs en Afrique,S.metallicum et S.ochraceum en Amerique centrale et du sud. La femelle seule est hématophage. Elle crée dans le derme un micro-hématome mélangeant le sang aux sérosités dermiques contenant les microfilaires d’un malade ainsi prélevées lors d’un repas sanguin (pool-feeder). Elle contamine le sujet sain au cours d’un nouveau repas, en laissant échapper de sa trompe les larves infestantes qui traversent ensuite activement l’épiderme.

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE 

Répartition géographique de l’onchocercose
(CDRom ANOFEL)

Le foyer africain est le plus important. Il s’étend du Sahel présaharien jusqu’en Angola et la Tanzanie. Les régions hyperendémiques se situent au Burkina Faso, au Ghana et en Côte d’Ivoire. Le foyer américain est moins étendu : Mexique, Guatémala, Vénézuela, Guyane hollandaise. On a identifié au Yémen une onchocercose particulière, ou « sowda », caractérisée par l’attente dermique hyper réactive unilatérale d’un membre, avec un ganglion collatéral. L’onchocercose atteint environ 25 millions de sujets. Au Burkina Faso, sur une population de 4 millions d’habitants, on comptait, avant le début des programmes de lutte, 400.000 onchocerquiens, parmi lesquels 40.000 aveugles.

 

II.2 - Symptomatologie

L’onchocercose est une affection éventuellement muette. La pratique systématique de la biopsie cutanée exsangue a révélé la fréquence en zone d’endémie de sujets porteurs de microfilaires sans manifestations cliniques ; apparemment sains, ils constituent un réservoir de parasites dont le rôle épidémiologique est conséquent.

Lorsqu’elle se manifeste l’onchocercose s’exprime cliniquement par trois syndromes :

LE SYNDROME CUTANÉ :

Il s’agit d’un prurit isolé, puis de lésions cutanées réalisant un prurigo très prurigineux, qui se voient chez l’Africain comme chez l’européen. Les lésions de grattage qui le compliquent aboutissent au tableau de la « gale filarienne » mélange de lésions jeunes plus ou moins surinfectées et de lésions cicatricielles anciennes. Ces lésions siègent surtout au niveau des lombes, des fesses et des cuisses. Au Guatémala, elles ont été décrites sous le nom d’érysipèle de la côte et au Mexique sous celui de « mal morado ». A la longue la peau peut s’épaissir et prendre un aspect pachydermique souvent lichénifiée donnant l’aspect de « peau de lézard » ou au contraire s’atrophier et se plisser.
Dans les foyers d’hyperendémie on remarque chez les sujets les plus âgés une dépigmentation bilatérale des crêtes tibiales (pseudo vitiligo onchocerquien).
Dans l’onchocercose du Yémen ou Sowda ces  lésions sont asymétriques, unilatérales croûteuses ou pachydermiques et plus rapidement établies (hyperréactivité).
L’atteinte des ganglions inguinaux (« aines pendantes ») est parfois visible.

Prurit et dépigmentations des crêtes tibiales : signes en rapport avec des foyers d’hyperendémie onchocerquienne
(D.Richard-Lenoble,M.Kombila CDRom ANOFEL)

Gale filarienne résultats de lésions de grattage, récentes surinfectées et cicatricielles
(Col.D.Richard-Lenoble, M.Kombila)

LE SYNDROME KYSTIQUE :

Les onchocercomes, ou nodules onchocerquiens, traduisent l’enkystement de plusieurs filaires adultes dans une capsule externe fibreuse ; ils sont en nombre variable, de 1 à 15, en moyenne 1 à 3 par malade, de la taille d’un pois à celle d’une mandarine ; les kystes onchocerquiens sont indolores, durs, fibreux, roulant sous le doigt. Ils sont perçus là où les plans osseux sont superficiels, surtout en regard du trochanter, de la crête iliaque et du gril costal en Afrique, dans la région cervico-céphalique en Amérique. Ils ne suppurent jamais et ne se calcifient pas ou guère. Il est facile de les extraire. Ce sont de bons marqueurs du degré d’endémicité, l’onchocercose apparaissant dans le temps  comme une  filariose cumulative dont le nombre de nodules est un bon reflet.

Nodule onchocerquien roulant sous le doigt et en  position inhabituelle
(Col.D.Richard-Lenoble, M.Kombila (Gabon))

 Nodule onchocerquien polylobé au niveau des crêtes iliaques
(Col D.Richard-Lenoble)

LE SYNDROME OCULAIRE :

En 1970 l’onchocercose (souvent dénommée « cécité des rivières ») représentait la deuxième cause de cécité en Afrique sub saharienne (1% de la population du Burkina Faso était atteint de cécité fonctionnelle).
Les manifestations oculaires apparaissent après 10 à 15 ans d’évolution (parfois moins en zone d’hyperendémie de savane) et sont le fait d’infestations intenses et répétées cumulatives. Elles sont liées à l’action directe des microfilaires ou aux réactions de l’hôte. Elles ne sont réversibles qu’au début. L’héméralopie est la première manifestation qui gêne le malade dans ses activités vespéro-nocturnes. La vision diurne est également atteinte, avec rétrécissement progressif et bilatéral du champ visuel. On distingue, isolées ou associées, les lésions du segment antérieur et les lésions du segment postérieur de l’œil.

 

II.3 - Diagnostic biologique

Le diagnostic de certitude est apporté par la mise en évidence du parasite adulte ou de ses embryons. Les filaires adultes sont recherchées dans les nodules où elles sont faciles à reconnaître par l’analyse histo-pathologique.

Les microfilaires sont aisées à déceler, soit par scarification et examen du suc dermique, soit, mieux, par la biopsie cutanée exsangue : un fragment de peau ellipsoïde, de taille et de poids constants, prélevé sans anesthésie locale à l’aide d’une pince de sclérotomie ou Snip-test, autorise une analyse qualitative et quantitative de la présence des microfilaires le prélèvement est placé dans un verre de montre contenant quelques gouttes de sérum physiologique : au bout de quelques instants, les microfilaires quittent le fragment cutané et, s’agitant dans le liquide, sont reconnues et comptées, précisant la « charge microfilarienne ». L’évaluation de la charge microfilarienne est indispensable au suivi individuel sous thérapeutique et aux analyses épidémiologiques générales en comparant les charges moyennes par village ou zones de développement des programmes de lutte. Parfois, ces microfilaires sont décelées dans la chambre antérieure de l’œil au biomicroscope (lampe à fente). Enfin, la ponction d’un nodule peut ramener un liquide contenant des microfilaires soustraites de l’utérus des filaires adultes.

La microfilaire de O.volvulus est à différencier de Mansonella streptocerca (peu sensible aux thérapeutiques) dans les zones d’infestations mixtes.

Pince à sclérotomie utilisée pour les biopsies cutanées exsangues et la quantification de la microfilarodermie onchocerquienne
(Col. D.Richard-Lenoble)

 Microfilaire d’Onchocerca volvulus dans le derme
(Col. D.Richard-Lenoble)

La présence de microfilaires dans les urines et parfois dans le sang a été signalée, surtout à la suite de traitements spécifiques.

Le diagnostic de présomption est apporté par :

 

II.4 - Traitements

Il est dirigé contre les microfilaires responsables des troubles cutanés et des lésions oculaires et plus difficilement contre les filaires adultes.

Traitement curatif

Contre les microfilaires : la diéthylcarbamazine (Notézine®, Hetrazan®, Banocide®) est microfilaricide, comme l’ivermectine ou Mectizan® plus microfilarostatique (paralysant) que directement microfilaricide. Les réactions initiales, surtout si le prurit devient féroce ou la fièvre élevée, imposent l’association d’un antihistaminique de synthèse ou de corticoïdes.
Contre les filaires adultes : la diéthylcarbamazine utilisée en cures de 10 jours répétées ou en cure continue de 21 jours aurait dans 75% des cas un effet sur les filaires adultes. De nouveaux dérivés de l’ivermectine et de l’albendazole ou Zentel® auraient une action sur les filaires adultes en cure unique particulièrement intéressante en campagne de masse.
Prophylaxie : L’incidence socio-économique et le nombre élevé de malades aveugles ont depuis les années 1970 motivé d’importantes enquêtes et campagnes de masse : L’« Onchocerciasis Control Program» d’abord fondé sur une lutte antivectorielle (larvicides) s’est progressivement modifié en y associant une distribution communautaire annuelle de microfilaricides (Mectizan®, Zentel®, ...) empéchant la transmission au vecteurs (« African Program Onchocerciasis Control » 1995).

 

III - Filariose à Loa loa ( Loase ou Loaose)

La filariose à Loa loa, ou loase, ou loaose, est une helminthiase africaine, cutanéo-dermique par la localisation des vers adultes, et sanguicole par celle des embryons ou microfilaires.

Filaire adulte de Loa loa (2 à 7 cm)
(T.H.Duong CdRom ANOFEL)

 

III.1 - Épidémiologie

La filaire Loa loa est un parasite de l’homme. Les adultes sont des vers ronds, blanchâtres, de 2 à 7 cm de long : ils vivent sous la peau et leur longévité peut dépasser 15 ans. La femelle émet des embryons ou microfilaires, qui circulent dans le sang périphérique surtout le jour (microfilarémie de périodicité diurne).
Le vecteur est un taon, le chrysops (C.dimidiata et/ou C.silacea), ou « mouche rouge » ou « mouche filaire », qui abonde dans la canopée des forêts chaudes et humides d’Afrique équatoriale ; les femelles hématophages, attirées par les fumées des feux de bois, piquent le jour avec un maximum d’agressivité vers midi. En prenant leur repas sanguin chez un malade, les chrysops absorbent des microfilaires sanguicoles qui se transforment en larves infestantes en 10 à 12 jours. Au cours d’une nouvelle piqûre, les larves infestantes s’échappent de la trompe de l’insecte et traversent activement la peau d’un nouveau sujet. Au bout de trois mois, elles deviennent adultes, capables d’émettre des microfilaires.

Chrysops sp. Tabanidé vecteur de la Loaose
(Col.D.Richard-Lenoble, M.Kombila CDRom ANOFEL)

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE

La loase est strictement africaine, surtout équatoriale et occidentale, limitée à la grande forêt, elle sévit de la Guinée au nord jusqu’en Ouganda à l’Est, sans atteindre l’Océan Indien. Les zones d’hyper-endémie sont le Cameroun, le Nigeéria, le Gabon, le Congo Brazzaville et le Congo Kinshasa. Dans ces pays, les taux d’infestation peuvent atteindre 35 % de la population. Sa prévalence est estimée à une dizaine de millions d’individus.

Répartition géographique de la Loaose (filariose strictement africaine)
(CDRom ANOFEL)

 

III.2 - Symptomatologie

Après une phase d’incubation muette supérieure à trois mois, dans une population souvent asymptomatique, trois symptômes peuvent survenir, isolés ou groupés :

1. Passage du ver adulte sous la conjonctive :

L’incident est bénin et relativement fréquent. Le ver peut passer sous la conjonctive palpébrale ou bulbaire ou sous la peau des paupières ; il peut également changer d’œil, en cheminant sous la peau à la racine du nez. La traversée rétro-conjonctivale est brève, quelques minutes, rarement davantage ; il est alors facile d’extraire la filaire. Le passage s’accompagne de photophobie, injection conjonctivale, larmoiement, sensation de corps étranger et œdème péri-orbitaire.
Chez les forts porteurs de microfilaires ont a pu décrire des atteintes hémorragiques de la paupière et des hémorragies rétiniennes.
Des cas exceptionnels de passage de filaire adulte dans la chambre antérieure de l’œil ont été décrits.

2. Reptation du ver adulte sous la peau :

Elle se traduit par un fourmillement désagréable ou un prurit localisé. Le ver apparaît sous forme d’un cordon palpable, mobile, se déplaçant d’un centimètre environ par minute. Lors d’un traitement par la diéthylcarbamazine, cet incident est fréquent, les vers adultes remontant à la surface de la peau sous l’effet du médicament.

3. Œdème de Calabar

Œdème allergique, l’œdème de Calabar (localité du Nigéria en zone biafraise) est fugace et migrateur ; il dure de quelques heures à quelques jours, s’accompagne d’une sensation de tension et siège surtout aux membres supérieurs (bras, coude, poignet, main), à la face ou au thorax.
Des épisodes rares de lymphadénites, d’hydrocèles, de polyarthrites, de manifestations pulmonaires ont été rattachés à la Loaose.

Œdème de Calabar, allergique fugace et migrateur pathognomonique de la filariose à Loa loa
(Col D.Richard-Lenoble et M.Kombila CRRom ANOFEL)

Migration sous conjonctivale d’une filaire adulte de Loa loa
(Col D.Richard-Lenoble et PJ.Pisella CdRom ANOFEL)

En plus des manifestations classiques, trois complications sont attribuées à la loaose : la pathogénicité est discutable devant la survenue tardive de ces complications, à un moment où les parasites sont souvent absents. Ces complications restent souvent liées aux traitements mal conduits et sont :

 

III.3 - Diagnostic biologique

Les arguments directs de certitude sont  la mise en évidence de la microfilaire dans le sang ou de l’adulte macrofilaire dans la peau ou sous conjonctival.

Filaire adulte de Loa loa calcifiée dans un sein
(Col D.Richard-Lenoble et M.Kombila CDRom ANOFEL)

Les arguments de présomption sont fournis, comme pour les filarioses lymphatiques, par l’hyperéosinophilie sanguine souvent très élevée (70% des filariens à Loa loa ont une hyper éosinophilie dépassant 25%) et les réactions sérologiques.

 

III.4 - Traitements

– Traitement curatif

Le traitement de la loase est dangereux et doit être conduit par un spécialiste. Il y a d’autant plus d’effets secondaires que le sujet est fort porteur de microfilaires dans le sang. Il repose sur la diéthylcarbamazine, ou Notézine®. A prescrire à doses très progressivement croissantes accompagnées d’antihistaminiques ou de corticoïdes.

L’ivermectine (Mectizan®) utilisée en cure unique annuelle est un excellent microfilaricide peu actif sur les adultes. Le Mectizan® sera utilisé avec prudence dans le cas de très fort porteur de microfilaires sanguines.

Conduite du traitement :

 

IV - Mansonelloses et Dirofilarioses en impasse chez l’homme

Les mansonelloses sont des filarioses considérées comme peu ou pas pathogènes. Les parasites responsables sont surtout, en Afrique, Mansonella perstans, dont les microfilaires sanguicoles sont a différencier de celles de la Loa loa, Mansonella streptocerca (exceptionnellement M.rodhaini), dont les microfilaires dermiques peuvent être confondues avec celles d’Onchocerca volvulus. En Amérique en plus de M.perstans on peut rencontrer Mansonella ozzardi dont les microfilaires sont sanguicoles.
Plusieurs cas de filarioses animales (surtout des dirofilarioses) ont été rapportés chez l’homme ou la filaire atteint rarement un développement parasitaire complet mais reste plus souvent en impasse.

 

Points essentiels

- Les filarioses, nématodoses transmises par des arthropodes, font partie des grandes endémies tropicales avec une implication importante en santé publique et en socio-économie.

- Des programmes internationaux de lutte portent sur l’arrêt de la transmission de l’onchocercose et des filarioses lymphatiques et concernent plusieurs centaines de millions de personnes.

- L’onchocercose est une affection cécitante à terme dont les microfilaires comme les adultes sont dans le derme.

- Les filarioses lymphatiques présentent une symptomatologie lymphatique aiguë par irritation et blocage des filaires adultes dans la circulation lymphatique, et des manifestations chroniques (hydrocèles et éléphantiasis) par la réaction dermique hypertrophique scléro fibreuse réactionnelle autour des vers adultes.

- La loase présente des signes spectaculaires comme la reptation des vers adultes sous la conjonctive ou les œdèmes de Calabar allergiques, migrateurs et fugaces, mais elle se complique d’atteinte systémique à terme et sous thérapeutique mal conduite (complications neurologiques, cardiaques et rénales).

- Les mansonelloses, filarioses mineures doivent être distinguées des filarioses majeures, leurs microfilaires sont plus courtes et leurs sensibilités aux thérapeutiques classiques sont moindres.

 
Dernière mise à jour : 27/04/2006