Sommaire

Introduction

1 - Le parasite
2 - Cycle
3 - Modes de contamination
4 - Modes de contamination en France : place du chat
5 - Répartition géographique, épidémiologie
6 - La toxoplasmose chez l’homme

Toxoplasmose acquise post-natale du sujet immunocompétent :

7 - Clinique et éléments d’orientation biologique
8 - Diagnostic sérologique, les techniques
9 - Diagnostic sérologique, interprétation des résultats
10 - Traitement

Toxoplasmose de l’immunodéprimé :

11 - Clinique
12 - Quels patients ?
13 - Dispositions légales et recommandations
14 - Diagnostic biologique
15 - Traitement

Toxoplasmose congénitale :

16 - Définition, risque
17 - Prévention ; dispositions légales et recommandations
18 - Prévention ; mesures prophylactiques (circulaire de 1983)
19 - Clinique
20 - Diagnostic anténatal
21 - Diagnostic néonatal
22 - Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la grossesse à risque
23 - Prise en charge diagnostique et thérapeutique à la naissance

24 - Cas particulier de la toxoplasmose oculaire

Points essentiels

 


 

Introduction

On regroupe sous le nom de toxoplasmose toutes les manifestations cliniques ou biologiques dues au toxoplasme, protozoaire parasite de la classe des coccidies dont le nom latin est Toxoplasma gondii. C’est une parasitose cosmopolite qui fait l’objet, en France, de dispositions légales contraignantes que tout médecin doit connaître et appliquer.

 

1 - Le parasite

Toxoplasma gondii existe sous trois formes évolutives différentes :

- Une forme végétative appelée tachyzoïte ou trophozoïte, parasite intracellulaire obligatoire de 6 à 8 µm de long sur 3 à 4 µm en forme d’arc qui peut parasiter n’importe quel type de cellule.

- Le bradyzoïte qui résulte du stade tachyzoïte au cours de son évolution chez l’hôte intermédiaire. Morphologiquement très proche il s’en distingue par un métabolisme ralenti. Les bradyzoïtes sont regroupés au sein de kystes où ils sont inaccessibles aux défenses immunitaires et aux traitements actuels. Ils siègent principalement dans les neurones, les astrocytes, les cellules musculaires et les cellules rétiniennes.

- Le sporozoïte est le résultat de la reproduction sexuée qui a lieu dans les cellules de l’épithélium intestinal de l’hôte définitif. Morphologiquement peu différent des autres stades infectieux, il est contenu dans des oocystes sporulés qui peuvent survivre sur le sol plus d’un an dans un climat humide.

 

2 - Cycle

Cycle de Toxoplasma gondii

Le cycle complet du toxoplasme fonctionne entre, d’une part le chat et les félidés sauvages qui sont les hôtes définitifs et d’autre part les autres animaux à sang chaud (homéothermes) tous susceptibles d’être hôte intermédiaire. Les félidés se contaminent en chassant les hôtes intermédiaires (oiseaux, mammifères) qui eux même se contaminent à partir des oocystes présents sur le sol, les végétaux ou dans les eaux de boisson .Une particularité originale au toxoplasme est la possibilité d’un cycle incomplet ne faisant pas intervenir d’hôte définitif, le parasite passant d’un hôte intermédiaire à un autre par l’ingestion de kystes contenus dans la chair d’animaux carnivores ou herbivores.

 

3 - Modes de contamination

La contamination de l’homme s’effectue selon trois modalités principales :

Transmission par absorption d’oocystes : cette contamination est essentiellement indirecte par consommation de fruits et légumes crus mal lavés ou d’eau de boisson contaminée, et une hygiène des mains insuffisante après contact avec le sol (jardinage) ou les animaux.

Transmission par des kystes : la contamination se fait par consommation de viandes fumées, saumurées ou insuffisamment cuites, les kystes n’étant détruits que par une cuisson de la viande à 67°C ou une congélation inférieure à –12°C pendant 3 jours au moins. Ce sont également les kystes qui sont impliqués dans la transmission par transplantation d’organe d’un donneur séropositif pour la toxoplasmose vers un receveur négatif avant la greffe.

Transmission par les tachyzoïtes : le tachyzoïte est une forme fragile, détruite dans le milieu extérieur et par le suc gastrique. C’est l’agent de la transmission transplacentaire, responsable de la toxoplasmose congénitale. C’est également le tachyzoïte qui est responsable des exceptionnels cas de transmission par transfusion, possibles si le donneur était en pleine phase parasitémique d’une toxoplasmose.

 

4 - Modes de contamination en France : place du chat

En pratique, en France, le facteur de risque principal d’acquisition de la toxoplasmose chez les femmes enceintes séronégatives est la prise quotidienne d’un repas en dehors du domicile, occurrence qui ne permet pas le contrôle soigneux du lavage des crudités ni de la cuisson des viandes. La présence d’un chat dans l’entourage n’apparaît pas comme un facteur de risque majeur; plusieurs explications peuvent être proposées à cette constatation paradoxale :

- Les seuls chats représentant un risque sont les jeunes animaux qui chassent pour se nourrir. Un chat d’appartement urbain, nourri avec des aliments industriels, ne représente pas un « danger toxoplasmique ».

- Par ailleurs, les chats n’éliminent des oocystes que pendant quelques semaines au cours de leur vie, lors de la primo-infection. Ces oocystes doivent séjourner un certain temps (24-48 heures) dans le milieu extérieur pour être infestants car ils sont émis non sporulés.

- Enfin, la plupart des femmes enceintes, associant chat et toxoplasmose, prennent de grandes précautions à l’égard de cet animal.

 

5 - Répartition géographique, épidémiologie

La toxoplasmose est cosmopolite, sa prévalence augmente avec l’âge et varie en fonction de l’environnement et des habitudes alimentaires.

Dans les pays développés, la contamination est essentiellement liée à la consommation de viande infectée. La prévalence est faible, en général inférieure à 25%, dans les pays où la viande est consommée bien cuite (Royaume Uni, Scandinavie, Amérique du Nord). En France et en Allemagne, en raison des habitudes de consommation de viandes saignantes ou fumées, les chiffres sont plus élevés, de l’ordre de 40 à 60%. Il existe des disparités régionales, bien étudiées en France, les chiffres variant de 38% dans les zones montagneuses à climat hivernal froid (Vosges, Jura, Massif Central, Alpes) à 68% dans le Sud et les régions humides du Nord-Ouest.

En Asie du Sud-Est et au Japon la prévalence est très faible, inférieure à 10%, de l’ordre de 20 à 30% dans le sous continent indien et au Proche Orient.

Dans les pays tropicaux d’Afrique et d'Amérique la contamination est plutôt liée à l’absorption d’oocystes. La prévalence est faible dans les zones où le climat est chaud et sec, peu favorable à la survie des oocystes sur le sol, elle est élevée, jusqu’à 80% parfois, dans les régions humides.

 

6 - La toxoplasmose chez l’homme

L’expression clinique de la toxoplasmose est liée aux interactions hôte-parasite et sera différente en fonction de l’état immunitaire du patient et de la souche de parasite en cause. On distingue trois grandes entités cliniques :

1. La toxoplasmose acquise post-natale du sujet immunocompétent.
2. La toxoplasmose du sujet immunodéprimé.
3. La toxoplasmose congénitale.

Cette distinction clinique a également des conséquences diagnostiques. Schématiquement, chez l’immunocompétent le diagnostic repose sur la sérologie ; chez l’immunodéficient (adulte immunodéprimé ou fœtus immuno-immature) le diagnostic repose sur la recherche directe du parasite. Chez le nouveau-né, à la frontière des deux situations précédentes, les deux approches diagnostiques sont complémentaires et nécessaires.

 

Toxoplasmose acquise post-natale du sujet immunocompétent :

7 - Clinique et éléments d’orientation biologique

Elle est asymptomatique dans plus de 80% des cas.

Les formes symptomatiques associent fièvre, adénopathies et asthénie. Le patient va présenter une fébricule pendant quelques jours ou quelques semaines qui va disparaître spontanément. Les adénopathies sont plus volontiers cervicales, peu volumineuses, mais les autres territoires ganglionnaires peuvent être atteints. L’asthénie peut être profonde et persister plusieurs mois. L’évolution est habituellement bénigne et la guérison spontanée. Un syndrome mononucléosique et une accélération de la vitesse de sédimentation sont habituels mais non spécifiques. Le diagnostic de certitude est basé sur la sérologie.

Des formes plus graves de toxoplasmose acquise ont été rapportées récemment chez des immunocompétents, avec en particulier des localisations oculaires, neurologiques voire disséminées comme chez les immunodéprimés, ayant pu conduire au décès du patient. Les rares cas de ces formes graves décrits en France trouvaient leur origine principalement en Guyane, avec pour facteur de risque la consommation de viande de gibier sauvage. Ce sont des souches de toxoplasme circulant dans un environnement éloigné de l’homme et mal adaptées à lui qui sont en cause.

 

8 - Diagnostic sérologique, les techniques

Le code de nomenclature des actes de biologie médicale prévoit la recherche systématique des IgG et des IgM pour le diagnostic sérologique de la toxoplasmose. Pour les IgG la technique de référence reste le Dye Test ; en routine les techniques les plus utilisées sont l’immunofluorescence indirecte (IFI), les techniques immuno-enzymatiques dont l’ELISA et l’agglutination sensibilisée. Le résultat est exprimé en unités internationales par millilitre (UI/ml).

Pour les IgM la classique IFI (Test de Remington) est aujourd’hui remplacée par des méthodes basées sur le principe de l’immunocapture, la technique de référence étant l’immunocapture-agglutination, plus connue sous le nom d’ISAgA, acronyme formé à partir de l’anglais immuno-sorbent agglutination assay. Le résultat est exprimé sous forme d’un index.

Pour des raisons liées à l’absence de standardisation des réactifs, le résultat écrit doit mentionner le réactif utilisé, son producteur et les valeurs seuils. Le biologiste doit de plus rédiger une conclusion argumentée. Pour les mêmes raisons, aucune conclusion correcte ne peut être tirée de la comparaison de deux résultats de sérologie de la toxoplasmose qui n’auraient pas été effectués en parallèle dans le même laboratoire et par la même technique.

 

9 - Diagnostic sérologique, interprétation des résultats

Classiquement les IgM apparaissent les premières, au plus tard à la fin de la première semaine suivant la contamination. Les IgG apparaissent habituellement à partir du huitième jour et s’élèvent progressivement pour atteindre un plateau à partir du deuxième mois. Les titres diminuent ensuite lentement. Les IgG persistent toute la vie à un taux résiduel. La toxoplasmose évolutive peut être affirmée par l’étude de deux sérums espacés de 15 à 20 jours mettant en évidence une séroconversion (premier sérum négatif, second sérum positif), ou la présence d’IgM avec une élévation significative du titre des IgG entre le premier et le second sérum titrés en parallèle.

Les techniques actuelles détectant les IgM de façon persistante, la présence de cet isotype ne permet pas d’affirmer une toxoplasmose évolutive. Un travail plus fin sur les IgG (détermination du coefficient d’avidité, agglutination différentielle) ou le recours à la recherche des autres isotypes spécifiques (IgA voire IgE) permettent le plus souvent de trancher entre une infection récente ou ancienne.

 

10 - Traitement

La toxoplasmose acquise postnatale du sujet immunocompétent guérit le plus souvent sans traitement. En cas d’asthénie importante le traitement classique associe la spiramycine (50 mg/kg/jour en pédiatrie, 3g/j chez l’adulte) à l’acide ascorbique (1 g/j) pendant un mois. L’association trimethoprime-sulfamethoxazole est probablement plus efficace mais il n’y a pas de données bibliographiques dans cette indication.

Seules les rares formes graves dues à des souches virulentes justifient un traitement plus puissant identique à celui prescrit chez l’immunodéprimé. Cette décision relève du spécialiste.

 

Toxoplasmose de l’immunodéprimé :

11 - Clinique

C’est une maladie grave, constamment mortelle sans traitement sauf les formes oculaires isolées qui peuvent conduire à la cécité. Les descriptions classiques distinguent les formes localisées et les formes disséminées mais la réalité est souvent moins tranchée.

Toxoplasmose localisée :

- La localisation la plus fréquente est cérébrale;

Toxoplasmose de l’immunodéprimé : Abcès cérébral

le tableau clinique est celui d’un abcès. La symptomatologie associe des céphalées persistantes, une fièvre dans 50% des cas et secondairement un déficit focalisé en rapport avec la localisation du ou des abcès. Une crise comitiale inaugurale est possible.

- La seconde localisation la plus fréquente est oculaire.

Toxoplasmose de l’immunodéprimé : Chroriorétinite toxoplasmique

Le patient se plaint d’une baisse d’acuité visuelle, d’impression de « mouches volantes » et d’une rougeur oculaire. Le diagnostic est ophtalmologique. Au cours de l’infection par le VIH une localisation cérébrale est associée dans 40% des cas.

- La toxoplasmose pulmonaire se traduit par une pneumopathie fébrile dyspnéisante évoquant la pneumocystose.

- Le tachyzoïte de T. gondii pouvant pénétrer dans n’importe quel type de cellules, la littérature est riche de cas rapportés dans les localisations les plus diverses, le diagnostic étant apporté par l’examen anatomo-pathologique.

Toxoplasmose disséminée :

Le problème est celui d’une fièvre isolée dont le diagnostic n’est parfois fait que sur les localisations viscérales secondaires.

 

12 - Quels patients ?

Deux situations différentes sont possibles en matière d’immunodépression.

1. La réactivation d’une toxoplasmose ancienne chez les patients souffrant d’un déficit important de l’immunité cellulaire T. En pratique il s’agit le plus souvent de patients infectés par le VIH avec des CD4 inférieurs à 100/mm3 ou de patients greffés de moelle, sans prophylaxie. Peuvent également être concernés les patients atteints de cancers ou de syndromes lymphoprolifératifs ; les chimiothérapies anticancéreuses et la corticothérapie sont des éléments favorisants mais des cas ont été décrits au cours de maladie de Hodgkin avant la mise au traitement ou très à distance de celui-ci.

2. Une primo-infection le plus souvent secondaire à une transmission par le greffon lors de la greffe d’un organe plein d’un donneur séropositif pour la toxoplasmose vers un receveur négatif en pré-greffe. L’organe le plus souvent en cause est le myocarde (risque >50% en cas de mis-match).

 

13 - Dispositions légales et recommandations

Afin d’organiser au mieux la prise en charge de ces situations, la loi française (décret du 24 mai 1994) impose le dépistage sérologique (donneur et receveur) pour tout prélèvement d’organes, de tissus ou de cellules d’origine humaine.

Le rapport de prise en charge des personnes infectées par le VIH recommande le dépistage systématique de la toxoplasmose lors du bilan initial. Si ce dépistage est négatif, le patient doit être informé des mesures prophylactiques (circulaire de 1983, voir Faq 18) et une surveillance sérologique semestrielle doit être instaurée.

En pratique, dans toutes les situations d’immunodépression, existantes ou programmées, le statut sérologique à l’égard de la toxoplasmose doit être établi avant toute prescription susceptible d’interférer dans les résultats (transfusion ou perfusion d’immunoglobulines).

 

14 - Diagnostic biologique

Chez les patients réactivant une toxoplasmose ancienne la sérologie ne permet jamais d’affirmer que l’épisode clinique aigu est bien en rapport avec la toxoplasmose, elle permet seulement d’envisager le diagnostic comme possible et c’est la recherche du parasite (ou l’efficacité du traitement d’épreuve, justifié devant un tableau d’abcès cérébral) qui confirmera le diagnostic. La recherche du toxoplasme peut être faite par coloration optique, marquage avec des anticorps monoclonaux, inoculation à l’animal ou PCR à partir de n’importe quel prélèvement biologique (LBA, LCR, sang périphérique, moelle…).

Dans les cas de primo-infection (contamination par le greffon) la sérologie reste contributive, toutefois avec un retard d’apparition des anticorps en rapport avec les traitements immuno-suppresseurs, ce qui justifie la recherche directe en cas de signe clinique évocateur.

Par contre, chez les greffés d’organe plein séropositifs pour le toxoplasme en pré-greffe, une réactivation sérologique portant sur les IgG est possible en post-greffe, parfois accompagnée de la réapparition des autres isotypes, mais le plus souvent sans conséquence clinique.

 

15 - Traitement

Le traitement de première intention est l’association pyriméthamine (50 à 75 mg/j, après une dose de charge initiale de 100 mg le premier jour) et sulfadiazine ( 4 à 6 g/j). La prescription d’acide folinique 25 mg/j doit être systématique pour prévenir les effets secondaires hématologiques ainsi qu’une hydratation suffisante avec alcalinisation. Dans 40 à 60 % des cas ce traitement est cause d’effets indésirables :

- exanthème, volontiers fébrile, cédant le plus souvent sous traitement symptomatique. Une surveillance clinique rigoureuse est nécessaire du fait du risque de syndrome de Stevens-Johnson et de syndrome de Lyell.

- toxicité hématologique principalement due à la pyriméthamine qu’il faut parfois tolérer si elle ne cède pas à l’augmentation de posologie de l’acide folinique.

L’alternative à ce traitement de référence est l’association pyriméthamine (50 mg/j)-clindamycine (2,4 g/j) dont les effets indésirables sont les mêmes, toutefois moins sévères pour ce qui est de l’exanthème, avec en plus un risque de colite pseudomembraneuse.

Le traitement d’attaque sera maintenu pendant 3 à 6 semaines. Un traitement d’entretien utilisant les mêmes molécules à demi-dose doit être poursuivi ensuite tant que dure l’immunodépression.
La prophylaxie primaire fait habituellement appel à l’association triméthoprime-sulfaméthoxazole, à la posologie de 1 cp à 160 mg/800 mg par jour.

 

Toxoplasmose congénitale :

16 - Définition, risque

Elle résulte de la contamination du fœtus au cours de la grossesse La circonstance la plus habituelle est la survenue d’une primo-infection chez la femme enceinte, mais la transmission peut également se produire lors d’une récurrence parasitémique chez une femme enceinte immunodéprimée (toxoplasmose de réactivation). Le risque de transmission verticale est globalement de l’ordre de 30%, sans traitement ; il. augmente avec le terme, à l’inverse de la gravité de l’atteinte fœtale qui diminue.

Il faut également savoir qu’il existe un risque de transmission en cas de contamination périconceptionnelle (même antérieure à la conception) car la parasitémie initiale peut persister plusieurs semaines.

 

17 - Prévention ; dispositions légales et recommandations

La France a mis en place depuis 1978 un programme de prévention de certaines maladies congénitales. Pour la toxoplasmose, le programme repose sur le dépistage sérologique des femmes qui est obligatoire :

- pour la délivrance du certificat prénuptial chez les femmes âgées de moins de 50 ans. Cet examen doit être effectué à nouveau si les résultats de l’examen qui aurait été effectué au moins 3 mois avant la consultation prénuptiale n’apportait pas la preuve d’un état d’immunité.

- Lors de la déclaration de la grossesse, au cours du premier trimestre.

Si le dépistage est négatif, le suivi sérologique mensuel est obligatoire jusqu’à l’accouchement. Les sérums doivent être conservés congelés 12 mois. La femme doit être informée des mesures prophylactiques (circulaire du 27/09/1983 - Faq 18). Afin de ne pas méconnaître une contamination de l’extrême fin de la grossesse, le dernier contrôle sérologique doit être fait 2 à 3 semaines après la délivrance (problème du délai d’apparition des anticorps) ; ce dernier point, sur lequel tous les parasitologues sont d’accord, ne figure pas dans la législation..

 

18 - Prévention ; mesures prophylactiques (circulaire de 1983)

Ces mesures se déduisent aisément du cycle du parasite. La liste mise à jour des recommandations est la suivante :

- Bien cuire la viande (bœuf, mouton, porc, cheval) c’est à dire une cuisson d’au moins 65°C dans toute l’épaisseur de la viande. Eviter la consommation de viande marinée, fumée ou grillée (comme cela peut être le cas pour la viande de gibier).

- Lors de la préparation des repas : laver soigneusement les légumes et les plantes aromatiques surtout s’ils sont terreux et consommés crus. Laver soigneusement les ustensiles de cuisine, ainsi que le plan de travail. Se laver les mains après contact avec des légumes, des fruits ou de la viande crue et avant de passer à table. Une bonne hygiène des mains et des ustensiles de cuisine est importante pour éviter la transmission de la toxoplasmose pendant la grossesse.

- Lors des repas pris en dehors du domicile (au restaurant ou chez des amis): éviter la consommation de crudités et préférer les légumes cuits. La viande doit être consommée bien cuite ou bien privilégier la consommation de volaille ou de poisson.

- Eviter les contacts directs avec les objets qui pourraient être contaminés par les excréments de chat (comme les bacs de litières, la terre) et porter chaque fois des gants en cas de manipulation de ces objets. Désinfecter les bacs des litières de chat avec de l’eau bouillante.

- Eviter le contact direct avec la terre et porter des gants pour jardiner. Se laver les mains après des activités de jardinage même si elles sont protégées par des gants.

 

19 - Clinique

La toxoplasmose congénitale peut être responsable d’avortement. Si la grossesse est menée à son terme, on décrit traditionnellement trois présentations cliniques :
- La toxoplasmose congénitale grave est une encéphalo-méningo-myélite qui s’observe dès la naissance et correspond à une contamination en début de grossesse. On décrit classiquement deux formes cliniques, la première associant une macrocéphalie avec hydrocéphalie, des calcifications intra-crâniennes et une atteinte oculaire sous forme d’une choriorétinite pigmentaire, la seconde se présentant sous forme d’un tableau d’infection néo-natale grave, au pronostic péjoratif. Ces formes graves sont actuellement rarement observées en France compte tenu des modalités modernes de prise en charge de la séroconversion chez les femmes enceintes.

- La toxoplasmose congénitale bénigne (dégradée ou retardée), secondaire à une contamination plus tardive au cours de la grossesse, est diagnostiquée dès la naissance ou au cours de la petite enfance. Les éléments du diagnostic clinique sont un retard psychomoteur, l’installation progressive d’une hydrocéphalie, la survenue de convulsions et d’une choriorétinite pigmentaire.

- La toxoplasmose congénitale latente concerne des nouveaux-nés cliniquement normaux à la naissance chez qui le diagnostic est uniquement biologique. Cette forme représente environ 80% des toxoplasmoses congénitales en France. Le traitement précoce de ces cas évite leur possible évolution secondaire vers une forme retardée.

 

20 - Diagnostic anténatal

Il n’est pas justifié de proposer systématiquement l’interruption de la grossesse à une femme enceinte faisant une séroconversion toxoplasmique dans la mesure ou la majorité des enfants issus de ces grossesses seront indemnes. La prise en charge correcte de ces cas nécessite de faire le diagnostic de l’infection fœtale. Le diagnostic anténatal repose sur la surveillance échographique et l’amniocentèse. L’échographie ne permettant que la visualisation d’anomalies déjà constituées c’est l’amniocentèse avec inoculation du liquide amniotique à la souris et PCR qui permet de confirmer l’atteinte fœtale. De façon empirique on recommande un délai d’un mois entre la contamination maternelle et la date de la ponction (délai placentaire nécessaire au passage du parasite de la mère vers l’enfant) qui ne sera faite au plus tôt qu’à partir de la dix huitième semaine de grossesse. La positivité de l’une de ces deux méthodes permet d’affirmer le diagnostic de toxoplasmose congénitale. Par contre un résultat négatif n’exclut pas l’atteinte fœtale, les données bibliographiques faisant état d’environ 35% de faux négatifs, essentiellement en cas de séroconversion survenue au 1er ou au 3ième trimestre de la grossesse.

 

21 - Diagnostic néonatal

Les moyens biologiques du diagnostic néo-natal doivent être mis en route pour tous les nouveaux-nés dont les mères ont une histoire sérologique suspecte en cours de grossesse, avec un diagnostic anténatal négatif ou non pratiqué. Ces moyens associent la recherche du parasite et la sérologie.

La recherche du parasite est toujours pratiquée de façon indirecte, par inoculation à la souris ou PCR. Les produits biologiques étudiés sont le placenta, le sang de cordon et le LCR. La sérologie de l’enfant à la naissance (sang du cordon) n’est pas vraiment contributive car la détection d’IgM ou d’IgA peut être due à une effraction de sang maternel vers l’enfant lors de l’accouchement. A ce stade c’est le profil immunologique comparé mère/enfant (par western-blot ou la technique ELIFA) qui permettra d’évoquer le diagnostic par la présence de systèmes précipitants propres à l’enfant . Au delà de quelques jours de vie, la présence d’IgM ou d’IgA spécifiques permettra d’affirmer la toxoplasmose congénitale. A l’inverse, l’absence de ces isotypes ne permet en aucun cas de récuser la toxoplasmose congénitale.

Dans environ 6% des cas c’est seulement le suivi sérologique au delà du troisième mois de vie qui conduira au diagnostic en raison de la persistance des IgG qui, en l’absence de toxoplasmose congénitale, disparaissent en moins d’une année.



22 - Prise en charge diagnostique et thérapeutique de la grossesse à risque

Séroconversion toxoplasmique : Algorithme de prise en charge de la grossesse et du nouveau-né .

En cas de séroconversion en cours de grossesse, il faut prescrire à la femme un traitement par spiramycine 9 millions d’unités/j, instaurer une surveillance échographique et programmer l’amniocentèse. Le traitement vise à réduire le risque global de transmission verticale ; il réduirait également le risque de toxoplasmose congénitale (TC) grave. Si le diagnostic anténatal est positif la femme sera traitée par une association pyriméthamine-sulfamides aux mêmes posologies que l’immunodéprimé, en continu, jusqu’à l’accouchement. Pour réduire le nombre de prises médicamenteuses on peut prescrire l’association pyriméthamine-sulfadoxine (Fansidar®) à la posologie de 1 cp/20kg tous les 10 jours. Dans tous les cas il ne faut pas omettre d’associer l’acide folinique. L’interruption thérapeutique de la grossesse n’est justifiée qu’en cas d’anomalie échographique, ou éventuellement en cas de diagnostic anténatal positif après une contamination du tout début de la grossesse, période plus favorable à la survenue d’une TC grave.
Si le diagnostic anténatal est négatif, le traitement par spiramycine sera poursuivi jusqu’à l’accouchement .

 

23 - Prise en charge diagnostique et thérapeutique à la naissance

Si le diagnostic de toxoplasmose congénitale a été établi par le diagnostic anténatal l’enfant doit être traité en continu par pyriméthamine-sulfamides pendant au moins 1 an. Le suivi clinique (développement psychomoteur et examen du fond d’œil) sera poursuivi jusqu’à l’âge adulte Si le diagnostic anténatal n’a pas été pratiqué ou était négatif il faut mettre en route les modalités du diagnostic néonatal (Faq 21). Dans l’attente du résultat de ce diagnostic l’enfant ne recevra aucun traitement antitoxoplasmique et en particulier la traditionnelle prescription de spiramycine doit être proscrite. L’établissement du diagnostic de toxoplasmose congénitale quels qu’en soit la date et les moyens au cours des premiers mois de la vie implique une traitement d’un an par pyriméthamine et sulfamides avec les mêmes modalités de suivi que celle décrites plus haut.

 

24 - Cas particulier de la toxoplasmose oculaire

Classiquement tous les cas de toxoplasmose oculaire (TO) diagnostiqués chez un enfant ou un adulte jeune immunocompétent étaient considérés comme la manifestation tardive d’une toxoplasmose congénitale méconnue jusque là. On sait toutefois aujourd’hui qu’une toxoplasmose acquise post natale de l’immunocompétent peut donner lieu à des localisations oculaires, parfois retardées de plusieurs mois après la primo infection. Chez les patients immunodéprimés c’est la deuxième localisation la plus fréquente après les localisations cérébrales. Dans tous les cas le diagnostic est principalement ophtalmologique. En cas de doute, des arguments en faveur du diagnostic peuvent être apportés par l’étude de l’humeur aqueuse après ponction de la chambre antérieure. Les techniques utilisées sont la PCR et la sérologie avec la recherche d’une synthèse locale d’anticorps objectivée par le calcul du coefficient de Goldman-Witmer et le profil immunologique comparé serum-humeur aqueuse par western-blot. La positivité de ces examens est un bon argument pour le diagnostic de TO; leur négativité ne permet pas de le récuser formellement. Le traitement est le même que celui de la toxoplasmose de l’immunodéprimé.

 

Points essentiels

¤ Evoquer la toxoplasmose devant un syndrome mononucléosique.
¤ Faire obligatoirement pratiquer le sérodiagnostic de la toxoplasmose en prénuptial et en début de grossesse
¤ Connaître les mesures prophylactiques à exposer aux femmes enceintes et aux immunodéprimés séronégatifs pour la toxoplasmose.
¤ Prescrire un traitement par spiramycine en cas de suspicion de séroconversion chez une femme enceinte et l’adresser à un service spécialisé pour un diagnostic anténatal.
¤ Organiser le suivi des enfants suspects de toxoplasmose congénitale pendant la première année de vie, et le poursuivre jusqu’à l’âge adulte si le diagnostic est confirmé.
¤ Evoquer le diagnostic de toxoplasmose chez un immunodéprimé présentant des céphalées persistantes, fébrile ou non, avec ou sans signes de localisation.


 
Dernière mise à jour : 02/05/2005