Sommaire


Introduction

1 - Quelles sont les données épidémiologiques de la méningo-encéphalite herpétique ?
2 - Quelles sont les manifestations cliniques de la méningo-encéphalite herpétique ?
3 - Quelles sont les formes cliniques et les principaux diagnostics différentiels de la méningo-encéphalite herpétique ?
4 - Quels examens paracliniques faut-il demander en cas de suspicion de méningo-encéphalite herpétique ?
5 - Quelle est la conduite thérapeutique face à une suspicion de méningo-encéphalite herpétique ?
6 - Quelles sont les séquelles possibles d’une méningo-encéphalite herpétique ?

Points essentiels


Introduction

La méningo-encéphalite herpétique est une urgence thérapeutique. Elle doit être évoquée de façon systématique devant des tableaux polymorphes car les thérapeutiques anti-virales doivent être prescrites sans retard en attendant la confirmation biologique. Elle est due à un virus à ADN l’herpès simplex virus de type 1 (95 %) ou 2 (5 %) et plus récemment de type 6 chez l’enfant, liée à la réplication du virus quiescent dans les ganglions nerveux céphaliques après une primo-infection oro-pharyngée ou sexuelle. Il s’agit d’une polioencéphalite aiguë nécrosante et hémorragique affectant de manière bilatérale et asymétrique les lobes temporaux et parfois l’insula et les régions front-basales.

 

1 – Quelles sont les données épidémiologiques de la méningo-encéphalite herpétique ?

C’est une infection endémique dont l’incidence chez l’adulte est de 1/100 000 à 1/500 000 par an. L’âge moyen de survenu est 40 ans. La méningoencéphalite à HSV2 survient en général chez le nouveau-né ou le nourrisson (pic de fréquence dans la période néo-natale puis entre 6 mois et 2 ans). La contamination du nouveau-né se fait au moment de l’accouchement au passage de la filière génitale.

 

2 – Quelles sont les manifestations cliniques de la méningo-encéphalite herpétique ?

Après un début rapide associant un syndrome grippal, une asthénie, voire une altération de l’état général, s’associant parfois à des troubles du comportement et de la personnalité, la symptomatologie est caractérisée par :

A - Un syndrome infectieux :

La fièvre est presque constante parfois chiffrée à 40°C.

B - Un syndrome méningé inconstant (<50 %) et rarement franc se limitant à des céphalées fébriles. La méningite est rarement le point d’appel initial.

C - Un syndrome encéphalitique :

- Des troubles de la vigilance ou de la conscience sont quasi constants. Ils sont fluctuants chez un même patient. Ils sont en rapport avec une souffrance cérébrale diffuse ou en lien avec des manifestations comitiales. Ils sont souvent associés à des troubles neurovégétatifs. Un coma est possible dans les formes graves.
- Des manifestations convulsives sont, avec les troubles de vigilance, l’un des motifs les plus fréquents d’admission aux urgences, plus souvent partielles que généralisées, l’association de plusieurs types de crises est caractéristique. Elles traduisent une atteinte du lobe temporal : manifestations à type d’illusions, d’hallucinations notamment olfactives, gustatives ou auditives. Parfois un état de mal partiel ou généralisé inaugure le tableau.
- Les modifications du comportement et de la personnalité : familiarité, agressivité, ludisme.
- Des troubles mnésiques touchant les mécanismes de fixation avec oubli à mesure.
- D’autres symptômes : des troubles du langage (manque du mot, ou aphasie amnésique) à la phase aiguë régressent en général totalement si le traitement est instauré précocement ; les formes très évolutives avec lésions nécrotiques ou oedémateuses de la substance blanche peuvent donner une hémiparésie en général transitoire.

 

3 – Quelles sont les formes cliniques et les principaux diagnostics différentiels de la méningo-encéphalite herpétique ?

Différentes modalités évolutives sont décrites : formes méningées pures bénignes (passent inaperçues ?), formes graves conduisant au décès, formes récurrentes dans 5 % des cas. Chez le nouveau-né et le nourrisson l’expression clinique est très peu symptomatique d’où l’intérêt de la PCR herpès dans tous les cas de crises convulsives fébriles inexpliquées (pronostic sombre).
L’encéphalite herpétique est nécrosante. D’autres encéphalites virales ou bactériennes peuvent donner une atteinte temporale mais spontanément réversible (varicelle, mononucléose, fièvre Q et légionnellose).

 

4 – Quels examens paracliniques faut-il demander en cas de suspicion de méningo-encéphalite herpétique ?

A – L’analyse du liquide céphalorachidien

La PL sera systématiquement précédée d’un scanner. Sa composition cytochimique est presque constamment anormale : hyperprotéinorachie modérée (<1g/l), hypercytose à prédominance lymphocytaire (<150 éléments par mm3), souvent faiblement hémorragique (10 à 1000 hématies) du fait de la nécrose, glycorachie normale. Dans les formes encéphalitiques pures, l’hypercytose peut être < 10 éléments et la protéinorachie à la limite supérieure de la normale.

B - Les techniques virologiques

La recherche d’antigènes herpétiques dans le sang peut-être positive précocement mais la technique est peu sensible. La recherche d’anticorps dans le sang et le LCR (IgM) sont très spécifiques, mais la positivité est tardive. La séroconversion survient environ 8 jours après l’apparition des signes cliniques donc trop tard pour le traitement. L’augmentation de l’interféron est précoce mais non spécifique (présente dans d’autres affections virales).
La mise en évidence dans le LCR d’une réplication virale par amplification génique ou Polymerase Chain Reaction (PCR) portant sur le gène de réplication du virus peut être obtenue dans les 24-72 premières heures. Si la PCR herpès est négative, le traitement peut-être suspendu s’il avait été prescrit sans argument formel (ex : syndrome confusionnel fébrile chez un sujet jeune). La sensibilité est proche de 100% (on peut donc sans crainte arrêter le traitement).

C – Les données de l’imagerie

Le scanner est assez peu sensible du fait de sa faible résolution dans les régions temporales souvent artéfactées par les structures osseuses ou dentaires. C’est un examen d’orientation dans l’urgence. A un stade avancé de la maladie il peut révéler une hypodensité des lobes temporaux, un œdème et parfois une prise de contraste. Sa normalité n’élimine pas le diagnostic et ne doit pas faire différer le traitement ++.
L’IRM a une bonne sensibilité même dans les 24-48 premières heures (surtout en coupes coronales T1 avec injection de gadolinium et T2). La limite vient de la compliance du patient qu’il faut parfois sédater. Dans les formes méningées pures, elle peut être normale. Des hypersignaux apparaissent d’abord dans le pôle temporal antérieur et progressent vers le lobe temporal moyen et interne ; ils sont de topographie bilatérales et asymétriques. Le gadolinium montre l’affinité de l’HSV pour le cortex hippocampique, parahippocampique et insulaire. Trois mois à un an après l’épisode initial, l’IRM montre une atrophie d’un ou des 2 noyaux amygdaliens dans 70 à 80 % des cas, isolée ou associée à une atrophie hippocampique. La présence d’hypersignaux étendus dans les lobes temporaux en IRM persistant 1 à 2 mois après la phase aiguë est de mauvais pronostic.

D - Les autres examens complémentaires

L’EEG n’est plus si utile. Il montre des activités périodiques faites d’ondes lentes stéréotypées séparées d’intervalles réguliers. Ces éléments sont très évocateurs, mais ne sont retrouvés que dans 60 à 70% des cas et ne sont pas spécifiques.

 

5 – Quelle est la conduite thérapeutique face à une suspicion de méningo-encéphalite herpétique ?

La précocité du traitement est un facteur de bon pronostic.
Il repose sur la prescription systématique de l’Aciclovir (Zovirax®) devant toute suspicion de méningo-encéphalite herpétique sans attendre les résultats de la PCR :

- IV : 10 à 15 mg/kg de poids toutes les 8 heures soit 750 mg 3 fois par jour.
- Dilué dans une perfusette de 250 ml administrée sur 90 mn.
- Durée : 15 à 21 jours (pas de consensus). La répétition de la PCR herpès est utile : en cas de positivité le traitement doit être poursuivi en cas de négativité à 10 jours, il peut être arrêté.
- Risque d’insuffisance rénale dose dépendante, le plus souvent régressive. On peut souvent poursuivre le traitement en réduisant les doses de moitié et en hydratant d’avantage (dilution dans 500 ml).
- Les résistances sont rares. Le cas échéant ganciclovir (Cymévan®).

 

6 - Quelles sont les séquelles possibles d’une méningo-encéphalite herpétique ?

L’instauration des antiviraux n’a pas supprimé les séquelles. Il s’agit principalement de séquelles mnésiques chez l’adulte souvent isolées : syndrome amnésique pur type Korsakoff, trouble de l’apprentissage épisodique, préservation de la mémoire à court terme et rétrograde. En général les troubles mnésiques sont fixés. Avant la découverte des antiviraux, la méningo-encéphalite herpétique était mortelle dans 70 % des cas et laissait des séquelles neuropsychologiques graves chez les survivants.
Des séquelles comportementales restent possibles : syndrome de Kluver et Bucy caractérisé par des troubles du comportement alimentaire (boulimie, parfois anorexie), une hyperoralité, une hyperactivité motrice, une apathie avec diminution des réactions émotionnelles, désinhibition sexuelle et troubles attentionnels. Troubles anxio-dépressifs, hyperémotivité et irritabilité sont aussi rapportés.

 

Points essentiels

- La méningo-encéphalite herpétique (polioencéphalite nécrotique et hémorragique) est une urgence thérapeutique affectant les lobes temporaux.
- Elle associe un syndrome infectieux, un syndrome méningé inconstant, un syndrome encéphalitique : troubles de vigilance, crises convulsives, hallucinations, troubles mnésiques.
- La recherche dans le LCR d’une réplication virale par PCR peut être obtenue dans les 24-à 72 premières heures.
- L’IRM met en évidence des hypersignaux des pôles temporaux.
- Le traitement repose sur la prescription systématique de d’Aciclovir (Zovirax®) devant toute suspicion de méningo-encéphalite herpétique sans attendre les résultats de la PCR ou de l’IRM.