Sommaire

1 - Puberté
2 - Puberté pathologique

Points essentiels


I. La puberté

Définition : C’est l’ensemble des manifestations cliniques et biologiques qui mènent de la quiescence infantile à la capacité reproductive.

A. Aspects cliniques de la puberté

Cette période comporte plusieurs types de modifications :
- génitales : acquisition de la maturation sexuelle
- corporelles : poussée de croissance, modification de la silhouette et des proportions du corps
- psychiques : modifications de la personnalité et du comportement
Le début se situe en moyenne vers l'âge de :
- 9-10 ans pour les filles ;
- 12 ans pour les garçons. Le processus dure environ 6 ans et est achevé, en moyenne vers 16 ans chez la fille, vers 18 ans chez le garçon.

B. Evaluation du développement pubertaire en pratique courante

Elle est obtenue par des moyens simples : observation et mesure.
- orchidomètre, double décimètre, toise.
- stades de TANNER.
A cette évaluation clinique est associée une évaluation paraclinique pouvant comporter :
- évaluation de la maturation squelettique avec la radiographie de la main et du poignet gauches (par convention internationale)
- étude de l'aspect des organes génitaux internes chez la fille par l'échographie pelvienne.
- enfin, mais surtout pour l'étude d'anomalies, les examens biologiques sont d'une grande utilité.

II. Puberté pathologique

A. Absence et retards pubertaires

Il existe une difficulté à distinguer le retard pubertaire "simple" de l'hypogonadisme. Le problème survient plus souvent chez le garçon, il est le plus souvent intriqué avec un retard de croissance.
On parle de retard lorsque la puberté n'a pas débuté 2 ans après les limites habituelles, c'est à dire 14 ans chez le garçon et 12 ans chez la fille. Cette définition est d'ordre statistique (âge dépassant 2 écarts-types au dessus de la moyenne) et on y englobe donc 3% de sujets normaux situés au delà du 2ème  écart-type de la répartition gaussienne.
Les premiers éléments d'orientation sont le rapport entre l'âge statural (AS) et l'âge osseux (AO), et la réponse des gonadostimulines (FSH et LH) à la stimulation par le LHRH.

1. Hypogonadisme hypergonadotrophique : Réponse très élevée au test  à la LHRH

a. Chez la fille
- Le syndrome de TURNER sera recherché en priorité => caryotype.
- La dysgénésie gonadique pure ne comporte pas d'anomalie chromosomique.
- Toute destruction ou lésion des ovaires peut être connue par l'analyse des antécédents : torsion, traumatisme, radiothérapie, chimiothérapie, chirurgie

b. Chez le garçon
- Anorchidie congénitale ou acquise : examen clinique et interrogatoire permettront de retenir ce diagnostic.
- Lésion de radiothérapie ou de chimiothérapie au niveau des gonades.
- (Syndrome de KLINEFELTER : puberté non retardée mais incomplète).

c. Dans les deux sexes :
- syndromes polymalformatifs variés

2. Retards pubertaires secondaires à une cause connue

Ce contexte pathologique domine. C'est à dire association du retard pubertaire à un retard staturo-pondéral, à un retard de la maturation osseuse et à une maladie causale (viscérale, métabolique ou endocrinienne) :
- toute maladie chronique grave de l'enfance (ex. insuffisance rénale, asthme)
- malnutrition par maladie cœliaque ou anorexie mentale
- maladies endocriniennes : déficit en GH très souvent associé à une maturation et donc une puberté retardées, hypothyroïdie, maladie de CUSHING, hyperprolactinémie, et toute intervention sur l'hypophyse.

3. Retard simple et insuffisance gonadotrope

Réponse absente ou basse à la LHRH

a. Retard Simple (ou adolescence différée)

- La puberté se développe après15 ans chez le garçon, 13 ans chez la fille.
- Beaucoup plus fréquent chez le garçon et souvent mal tolérée psychiquement à des degrés divers.
- Dans ce cas il existe une cohérence dans l'état de développement : Age statural = Age osseux = développement pubertaire
- Il existe souvent d'autres cas dans la famille : parents, fratrie.
- Chez le garçon, le volume testiculaire (environ 4 ml) est supérieur à celui d'un enfant.

b. Insuffisance Gonadotrope

- Age Statural et Age Osseux sont en moyenne moins retardés.
- Le volume testiculaire est faible (< 4 ml).
- On retrouve souvent un micropénis (taille de la verge inférieure à 4,5 cm) et ou une cryptorchidie traitée ou opérée uni ou surtout bilatérale.
- Quand s'y associe une anosmie, cette entité constitue le syndrome de KALMAN-DE MORSIER ou Dysplasie Olfacto-Génitale. Il existe souvent des cas familiaux d'hypogonadisme ou d'anosmie.

=> Conduite à tenir devant un retard pubertaire

Interrogatoire :
- On recherchera les antécédents personnels périnataux et familiaux : taille et notions de retard pubertaire chez les parents et dans la fratrie.
- On recherchera les antécédents pathologiques notables : cryptorchidie, pathologies tumorales et leur traitement.
- Le carnet de santé permettra également d'établir une courbe de croissance.
Examen Clinique :
- Etablir les stades de TANNER et examiner les organes génitaux externes.
- Rechercher des signes associés : dysmorphie, anosmie, autres anomalies endocriniennes, anomalies neurologiques, ophtalmologiques…
Examens Complementaires

- Faire systématiquement radiographie poignet et main gauches pour âge osseux et échographie pelvienne chez la fille.
- Test au LHRH mais peu discriminatif s'il est négatif.
- Test aux ß HCG chez le garçon (donne la valeur fonctionnelle du tissu testiculaire).
- Recherche de déficits hypophysaires associés en GH, TSH…
- Le taux de SDHA peut aider : haut dans l'insuffisance gonadotrope, bas dans le retard simple.
- En fonction de l'orientation : neuroradiologie et caryotype pourront établir le diagnostic étiologique.

c. Traitement

Dans le retard pubertaire simple du garçon, problème le plus fréquent, la mise en route d'un traitement dépend des circonstances et en particulier de la tolérance psychologique : traitement par androgènes à faible dose, testostérone ou oxandrolone sur 3 à 6 mois.
Substitution hormonale : testostérone chez le garçon, œstroprogestatifs chez la fille.
Traitements séquentiels HMG-ßHCG et LHRH par pompe en injections sous-cutanées sont en fait décevants et plutôt réservés à l'âge adulte pour traiter les problèmes de stérilité souvent associés.

B Précocités pubertaires

Définition : Survenue de la puberté avant 8 ans chez la fille, avant 10 ans chez le garçon. Définition statistique qui englobe les 3% de sujets normaux.
On doit distinguer la puberté précoce vraie des pseudo-pubertés précoces et des pubertés précoces partielles.

1. Puberté précoce vraie ou centrale

Due à une activation précoce de l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique.

a. Clinique

Plus fréquent dans le sexe féminin.
1er  pic de fréquence à 3 ans  et 2ème  pic à 5 ans.
Apparition de caractères sexuels secondaires, le plus souvent développement des seins et/ou de la pilosité pubienne.
Chez le garçon : apparition de CSS dont l'augmentation bilatérale et symétrique du volume testiculaire.
Accélération de la vitesse de croissance.
Accélération de la maturation osseuse.

b. Etiologies

Idiopathique :

- dans 80% des cas chez la fille,
- dans 20 % des cas chez le garçon.

Dans un contexte connu :

- Gliome du chiasma (RECKLINGHAUSEN).
- Radiothérapie de l'encéphale.
- Hydrocéphalie

Dans un contexte facilement repérable :

- Anomalies cutanées, neurologiques ou ophtalmologiques.
-
Anomalies osseuses. (à part car "périphérique" syndrome de MAC-CUNE ALBRIGHT)

Dans un contexte ou elle paraît isolée

- RECHERCHE D'UNE TUMEUR (gliome, hamartomes, autres tumeurs intra-crâniennes - astrocytomes, dysgerminomes secrétants des ß HCG)
- radiographie de crâne.
- examen ophtalmologique (champ visuel).
- scanner - IRM.
- marqueurs tumoraux : Les tumeurs secrétant des ß HCG se présentent comme une puberté centrale mais les ß HCG remplacent la LH effondrée au test au LHRH comme la FSH

c. Traitement

En dehors du traitement éventuel de la pathologie causale.

Deux motivations :
- petite taille finale,
- tolérance psychologique.
Décapeptyl ® injection IM mensuelles. La premiere injection chez la fille est entourée d'un traitement oral par antiœstrogènes (androcur®) pour éviter les effets d'une privation œstrogènique (hémorragie génitale).

2. Pseudo-puberté précoce

- Elles sont beaucoup plus rares, souvent faciles à repérer.
- Elles peuvent être isosexuelles ou hétérosexuelles.
- Le test au synacthène constitue un outil diagnostic de base.

Etiologies :

- Hyperplasie Congénitale des Surrénales (forme à révélation tardives) :

- virilisation chez la fille,
-
virilisation chez le garçon avec testicules de petit volume.

- Origine Tumorale

- L'enquête étiologique vise alors à repérer l'origine de la sécretion des androgènes ou des œstrogènes.
- Tumeur surrénalienne (secrétion d'androgènes, rarement d'œstrogènes).
- Tumeur ovarienne (secrétion d'œstrogènes et parfois d'androgènes).
- Tumeur testiculaire (l'un reste de petit volume, sécrétion de ß HCG).
- Tumeur secrétant des ß HCG.

3. Puberté précoce dissociée

Apparition d'un caractère sexuel isolé : à différencier du début d'une puberté précoce vraie :

- prémature thélarche = seins chez la fillette : entre 1 et 3 ans, faisant parfois suite à l'intumescence mammaire post-natale qui peut persister jusqu'à 18 mois. L'évolution se fait vers la régression spontanée.
- prémature pubarche ou ardrénarche = pilosité pubienne
par élévation des androgènes surrénaliens, à différencier d'une forme rare d'hyperplasie congénitale. prémature
ménarche = hémorragie génitale isolée

=> Conduite à tenir devant une suspicion de puberté précoce

Le problème le plus fréquent sera, chez la fille d'établir la réalité du caractère précoce de cette puberté, chez le garçon d'établir le diagnostic étiologique. Il faut garder à l'esprit que tout facteur accélérant la maturation peut secondairement aboutir à un état de maturation avancée qui peut comporter une puberté précoce vraie.
Interrogatoire
- On recherchera les antécédents personnels périnataux et familiaux : taille et notions d'une puberté avancée chez les parents et dans la fratrie. On recherchera les antécédents pathologiques notables : pathologies tumorales et leur traitement.
- Le carnet de santé permettra également d'établir une courbe de croissance.
Examen clinique
- Etablir les stades de TANNER.
- Etablir le caractère central ou non de ce développement pubertaire.
- Rechercher des signes associés : dysmorphie, autres anomalies endocriniennes, anomalies neurologiques, ophtalmologiques…
Examens complémentaires
- Faire systèmatiquement radiographie poignet et main gauches pour âge osseux et échographie pelvienne chez la fille.
- Test au LHRH, testostérone.
- Le taux sérique d'œstradiol est peu fiable, on lui préfère l'urocytogramme ou le frottis vaginal (réalisation plus délicate chez la petite fille).
- Test au Synactène®, en particulier si orientation vers une pseudo-puberté précoce.
- Marqueurs tumoraux : ßHCG et alpha-fœto-proteines.
- En fonction de l'orientation : imagerie cérébrale, abdominale, gonadique pourront établir le diagnostic étiologique.

Traitement

Le traitement étiologique comportera selon les cas chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, traitement d'une hyperplasie des surrénales par hydrocortisone. Le traitement par DECAPEPTYL® est très efficace et permet la régression partielle des CSS, il doit toujours être associé à une attitude de soutien devant des manifestations souvent difficiles à vivre pour l'enfant et sa famille.


Points essentiels

¤ Le problème le plus fréquent sera, chez la fille d'établir la réalité du caractère précoce de cette puberté, chez le garçon d'établir le diagnostic étiologique.
¤ En cas de puberté précoce, il faudra établir les stades de TANNER, rechercher des signes associés, apprécier le degré de maturation osseuse  et réaliser des dosages hormonaux (testostérone, œstradiol) et un test au LHRH puis en fonction des orientations.

Dernière mise à jour : 10/10/2007