Sommaire

Introduction

1 - Le carcinome basocellulaire
2 - Le carcinome épidermoïde

Points essentiels

 


 

Introduction

Les cancers cutanés épithéliaux ou carcinomes cutanés sont les plus fréquents des cancers humains en général et des cancers cutanés en particulier. Leur incidence augmente régulièrement du fait de l'allongement de la durée de vie et des habitudes comportementales, en particulier l'exposition solaire répétée. Si la grande majorité des carcinomes cutanés sont de bon pronostic, leur caractère récidivant et multiple et le fait qu'ils touchent davantage une population âgée donc fragile font qu'ils représentent encore un grave problème de santé publique.

On distingue trois grands types de carcinomes cutanés :
-
Les carcinomes basocellulaires (CBC), les plus fréquents (2/3 des carcinomes cutanés chez le sujet immunocompétent) sont des tumeurs d'évolution lente, essentiellement locale, qui ne métastasent pour ainsi dire jamais.
- Les carcinomes spinocellulaires ou épidermoïdes (CE) ont une évolution locale beaucoup plus agressive et peuvent métastaser. Ils représentent 1/3 des carcinomes cutanés.
- Les carcinomes annexiels, issus des annexes épithéliales, pilo-sébacées et sudorales, rares (1 %), mais agressifs et susceptibles de métastaser.

Bien que développés aux dépens de la même cellule, le kératinocyte, les deux cancers les plus fréquents (CBC et CE) ont une physiopathogénie et un comportement totalement différents, ce qui justifie de les présenter séparément.

 

1 - Le carcinome basocellulaire

Epidémiologie

a) Diagnostic

Diagnostic positif

Le CBC survient dans les zones photoexposées dans plus de 85 % des cas. Le CBC ne métastase pas mais a un potentiel invasif local pouvant entraîner une destruction tissulaire importante. Il n'est jamais localisé sur les muqueuses.

Son incidence maximale est située entre 45 et 60 ans, sans prédominance de sexe.

Typiquement le CBC est une lésion perlée, papule arrondie translucide et télangiectasique qui va s'étaler progressivement. Il existe plusieurs variétés anatomo-cliniques de gravité variable.

Le CBC nodulaire est une tumeur ferme, bien limitée, lisse, pouvant simuler une lésion kystique. Sa surface peut devenir squameuse. C'est la forme la plus fréquente (60 % des cas).

Le CBC sclérodermiforme (5 % des cas) associe une intense fibrose à la prolifération tumorale et se présente sous la forme d'un placard atrophique infiltré mal limité. Sa surface est blanchâtre et ses limites imprécises. Cette forme récidive plus souvent. Des formes infiltrantes intermédiaires entre le carcinome nodulaire et le carcinome sclérodermiforme sont plus fréquentes (10 à 15 % des cas).

Le CBC superficiel ou pagétoïde d'évolution très lente, ayant une bordure perlée s'observe sur le tronc et a tendance à la multiplicité (10 à 25 % des cas).

Les formes pigmentées ou tatouées sont liées à la présence dans la tumeur de pigments mélaniques et sont parfois de diagnostic difficile avec une tumeur mélanocytaire.

Les formes ulcéreuses, taillées à pic, bordées d'un bourrelet perlé peuvent se voir soit d'emblée soit au cours de l'évolution d'un autre CBC. Cependant dans certains cas, les bords ne sont ni surélevés ni indurés : on parle alors d'ulcus rodens souvent péri-orificiel. L'ulcération peut avoir une évolution extensive et destructrice : il s'agit de formes dites térébrantes pouvant atteindre les structures musculaires ou osseuses sous-jacentes.

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel se pose essentiellement avec les autres tumeurs cutanées comme les tumeurs annexielles, plus rarement le mélanome dans les formes pigmentées. D'autres part la distinction entre CBC et CE est parfois difficile même pour un oeil habitué. Ceci souligne l'intérêt de la biopsie qui permet de confirmer et de préciser le diagnostic et le type histologique.

b) Anatomie-pathologique

Si le diagnostic de carcinome cutané est souvent posé cliniquement, il faudra néanmoins toujours le confirmer par une analyse biopsique qui permettra de plus d'en préciser le type histologique et ainsi d'adapter le geste thérapeutique.

Typiquement, le CBC est formé d'amas cellulaires compacts de petites cellules basophiles à limites nettes, à disposition périphérique palissadique ; ces amas sont arrondis plus ou moins confluents entre eux ; certains peuvent être appendus à l'épiderme. Ils peuvent s'associer à une certaine fibrose du derme. Des images de différenciation (pilaire, kératinisante) sont possibles. Les formes infiltrantes ou sclérodermiformes sont associées à un stroma dense et fibreux et ont des limites imprécises.

Evolution, pronostic

c) Surveillance

Après traitement de toute forme de CBC, une surveillance régulière (tous les 6 mois puis tous les ans à vie) est recommandée pour dépister une récidive de la lésion, mais aussi en raison du risque élevé d'apparition de nouveaux carcinomes cutanés.

d) Traitement

Caractéristiques tumorales à prendre en compte

Le geste thérapeutique sera toujours guidé par une analyse histologique préalable qui permet de définir le degré de gravité de la tumeur. Celui ci s'accroît pour les CBC depuis la forme superficielle jusqu'à la forme sclérodermiforme ou térébrante. Dans tous les cas également, la taille de la tumeur doit être prise en compte. Pour un même type anatomo-clinique une tumeur de taille supérieure ou égale à 2 centimètres devra être traitée de manière plus agressive. De même certaines localisations à haut risque de récidive (région rétro auriculaire, paupière, sillon nasogénien, cuir chevelu, extrémités) devront être prises en considération dans la décision thérapeutique. Enfin on tiendra compte du caractère primitif ou récidivant de la tumeur. Le risque de récidive est évalué à environ 5 % des CBC. Après une première récidive le risque de récidive ultérieure dépasse 40 %.

Choix thérapeutiques

Le traitement de choix est la chirurgie car elle permet un contrôle histologique de la pièce d'exérèse et permet ainsi d'affirmer son caractère complet ou non. Les marges d'exérèse varieront de quelques millimètres à un centimètre en fonction des critères de gravité définis plus haut. Elle va de la simple exérèse-suture en ambulatoire à l'exérèse en deux temps avec reconstruction plastique sous anesthésie générale en fonction de l'importance du geste à réaliser. Cependant, même lorsque celui ci est important, les progrès réalisés dans les méthodes de chirurgie reconstructrice et les techniques anesthésiques ont beaucoup amélioré les résultats carcinologiques et esthétiques de ce type d'intervention.

Les autres méthodes
Elles sont schématiquement réservées à des malades inopérables ou pour certaines localisations. Il s'agit essentiellement de la radiothérapie (électron- ou curiethérapie) et de la cryochirurgie (azote liquide). D'autres techniques sont en cours d'évaluation comme la photothérapie dynamique topique, les injections locales d'interféron etc. Une chimiothérapie est rarement nécessaire, mais peut être intéressante dans les formes de grande taille pour réduire la masse tumorale avant l'intervention.

Traitement préventif
Il repose sur la photoprotection et le suivi régulier des malades à risques.

 

2 - Le carcinome épidermoïde

Epidémiologie
Précurseurs

a) Diagnostic

Diagnostic positif

Le CE, d'apparition plus tardive que le CBC, après 60 ans, est souvent précédé de lésions précancéreuses. Il représente environ 1/3 des carcinomes cutanés et sa répartition selon le sexe est de 2 hommes pour une femme. L'atteinte des muqueuses n'est pas rare.

Il s'agit typiquement d'une lésion croûteuse, jaunâtre, indurée avec ulcération centrale. Elle peut parfois prendre un caractère végétant ou bourgeonnant.

Des formes de faible malignité (papillomatose orale floride de la muqueuse buccale, carcinoma cuniculatum de la plante des pieds à développement endophytique) ont été décrites.

Le carcinome intraépithélial (in situ) ou maladie de Bowen est une lésion strictement limitée à l'épiderme et n'ayant pas franchi la membrane basale. Il se présente comme une macule érythémateuse rosée ou brune, bien limitée, de caractère fixe. Il s'observe sur la peau glabre et les muqueuses.

Diagnostic différentiel

Le diagnostic différentiel le plus difficile, clinique et parfois histologique, se pose avec le kératoacanthome, tumeur cutanée le plus souvent bénigne d'évolution rapide dont l'exérèse est la règle. Le diagnostic différentiel se pose sinon, comme pour le CBC, avec les autres tumeurs cutanées.

b) Anatomie-pathologique

Le CE se définit histologiquement comme une prolifération de cellules de grande taille organisée en lobules ou en travées plus ou moins anastomosées, souvent mal limitées, de disposition anarchique. Une différenciation kératinisante sous forme de globes cornés est fréquente. Il existe de nombreuses mitoses et des atypies cytonucléaires. La tumeur envahit plus ou moins profondément le derme, voire l'hypoderme au sein d'un stroma inflammatoire. Le caractère peu différencié et l'existence d'un certain degré de neurotropisme sont des facteurs de mauvais pronostic. Selon le degré d'infiltration du derme et de franchissement de la membrane basale, on parle de carcinome in situ, de carcinome micro-invasif ou de carcinome invasif.

Dans les cas difficiles de diagnostic différentiel on pourra s'aider des immunomarquages.

Evolution, pronostic

c) Traitement

Traitement curatif de la tumeur primitive

Caractéristiques tumorales à prendre en compte

Elles sont les mêmes que pour le CBC. Le geste thérapeutique sera toujours guidé par une analyse histologique préalable qui permet de définir le degré de gravité de la tumeur. Pour le CE, on s'inquiétera du degré de dédifférenciation et de l'existence ou non d'un neurotropisme. Dans tous les cas également, la taille de la tumeur doit être prise en compte et on peut schématiquement dire que pour le même type histologique, une tumeur de taille supérieure ou égale à 2 centimètres devra être traitée de manière plus agressive. De même certaines localisations à haut risque de récidive (sites de fusion embryonnaire : région rétro auriculaire, paupière, sillon nasogénien, cuir chevelu, extrémités) devront être prises en considération dans la décision thérapeutique. Les localisations muqueuses sont aussi considérées comme des formes plus graves. Enfin on tiendra également compte du caractère primitif ou récidivant de la tumeur. Le risque d'une première récidive est évaluée à environ 7 p. 100 des CE. Ce risque augmente considérablement après une première récidive puisqu'il dépasse 60 % des CE.

Choix thérapeutiques

• Le traitement de choix est la chirurgie car elle permet un contrôle histologique de la pièce d'exérèse et permet ainsi d'affirmer son caractère complet ou non. Les marges d'emblée sont plus larges que pour les CBC, proches du centimètre. Elle va de la simple exérèse-suture en ambulatoire à l'exérèse en deux temps avec reconstruction plastique sous anesthésie générale en fonction de l'importance du geste à réaliser.

• Les autres méthodes :

Elles sont schématiquement réservées à des malades inopérables ou pour certaines localisations. Il s'agit avant tout de la radiothérapie (électron- ou curiethérapie) et de la cryochirurgie (azote liquide).

• La chimiothérapie :

Elle peut être intéressante dans les formes de grande taille pour réduire la masse tumorale avant l'intervention. Sinon elle est surtout réservée aux formes métastatiques. Elle est avant tout basée sur l'utilisation de cisplatine.

Traitement des atteintes ganglionnaires

Toute adénopathie suspecte sera analysée ; si son atteinte est confirmée histologiquement, un curage ganglionnaire de la région doit être réalisé. Ce curage pourra être complété par une irradiation de l'aire ganglionnaire en cas d'effraction de la capsule ganglionnaire. Dans le cas des lésions muqueuses une exploration systématique, uni- ou bilatérale des aires ganglionnaires même en l'absence de ganglion cliniquement palpable est conseillée.

Traitement préventif

Il repose avant tout sur la photoprotection et le suivi régulier des patients à risques ainsi que sur le traitement des lésions précancéreuses.

Points essentiels

¤ Développés aux dépens du kératinocyte, les carcinomes baso-cellulaires (CBC) et épidermoïdes (CE) ont une physiopathogénie et une évolutivité différentes. Leurs points communs sont leur augmentation d'incidence (rôle de l'exposition solaire répétée) et leur prise en charge avant tout chirurgicale.
¤
Le CBC est le plus fréquent des carcinomes épithéliaux. Son incidence augmente en fonction du phototype et de la latitude. Il ne survient pas sur une lésion précancéreuse. Il n'est pas localisé sur les muqueuses. L'évolution est lente, purement locale.
¤
Le CE survient souvent sur une lésion précancéreuse : kératoses photo induites, cicatrices de brûlures ou de radiodermite, plaies chroniques, états scléro atrophiques génitaux, certaines lésions muqueuses virales à HPV.
Il est potentiellement agressif (métastases ganglionnaires ou à distance).